23 avril 2014

Un projet de court-métrage sur la France périphérique

"J'ai voulu filmer les gens que j'ai côtoyés dans mon enfance". C'est par ces mots que le réalisateur Étienne Magin, que nous rencontrons à Metz, justifie son projet de court-métrage. Son enfance, en l'occurrence, s'est déroulée dans un village du département des Ardennes, et son court-métrage raconte la fermeture d'une usine et la réaction des protagonistes dans la vallée de la Meuse. 

Étienne Magin a déjà réalisé le court-métrage Metz Köln Istanbul sur un échange entre deux clandestins turcs qui se termine, comme tout road-movie qui se respecte, par une vue sur un échangeur autoroutier.

L'intérêt dramatique de La Vallée, titre du court-métrage en projet, vient de la réaction que provoque la fermeture de l'usine chez quatre personnages - le père Denis et son fils Loïc, tous deux ouvriers de l’usine, Margot, la compagne du fils, et Corinne, la mère. Le père souhaite se battre pour que l'usine continue de tourner, par absence de perspectives professionnelles liée à son âge, et aussi par un esprit plus militant. Le fils se voit déjà rebondir, ouvrir un commerce, quitter la région - incité en cela par sa petite amie, elle aussi « régionale de l'étape », qui espère à travers un départ vers une École de Beaux-Arts du Midi de la France, une mobilité sociale ascendante.

Ardennes.png

Le film évoque une France périphérique parfois oubliée des sociologues, qui ont tendance à plus s’intéresser aux banlieues des grandes villes. Or, selon Christophe Guilly, auteur du livre Fractures françaises, « ce sont les habitants des lieux périurbains et ruraux (…) qui subissent le plus les délocalisations. La géographie des plans sociaux est celle de la France périphérique (…). La longue liste des communes concernées par les plans sociaux sonne comme le retour d’une France rurale, industrielle, périurbaine, où les petites villes et les villes moyennes sont extrêmement nombreuses. » Pour étayer ce propos, rappelons que le revenu moyen imposable du département des Ardennes (19 582 € par foyer et par an en 2010 selon l'INSEE) est plus bas que celui de la France de métropole (23 996 €), mais aussi que celui de la Seine-Saint-Denis (20 103 €).

Nombreux sont les problèmes de mobilité à découler des problèmes posés dans le scénario du court-métrage. Ainsi, le père a sûrement peur de devenir chômeur… et de retrouver du travail dans un lieu plus éloigné de son domicile, ce qui l’obligera à des trajets en voiture plus longs et donc à des dépenses en carburant plus élevées. Cette mobilité contrainte est malheureusement typique de nombreux milieux populaires habitant dans des espaces pavillonnaires ou ruraux – ce qui leur vaut le mépris de certains courants écologistes, qui leur reprochent de polluer inutilement et prêchent une hausse des taxes sur l’essence, un mépris où se mêlent considérations environnementales et prolophobie.

De plus, il n’est pas innocent que ce même département des Ardennes soit l’objet du mépris de la SNCF, qui a supprimé les trains Corail Lille – Strasbourg en 2004 et a profité trois ans plus tard de l’aubaine du TGV Est pour sabrer dans la liaison entre Paris et Charleville, où le nombre d'allers-retours quotidiens est passé de 7 à 3 aujourd'hui. Ce mépris territorial révèle aussi le mépris social dont je viens de parler.

Ardennes-II.png

Le court-métrage en projet a été financé par une souscription par financement participatif via le site Ulule, par le Conseil régional de Champagne-Ardenne, et l'association La Pellicule ensorcelée, basée à Charleville-Mézières.

Il sera réalisé cet été, à Monthermé et à Bogny sur Meuse, dans la vallée de la Meuse en aval de Charleville-Mézières. Le tournage doit s'étaler sur cinq jours, suivi de dix jours de montage, et deux jours de mixage (pour régler le son) puis deux jours d'étalonnage (pour régler les couleurs). Jan Morgenson, un musicien messin, doit composer la musique, inspirée du film de Wim Wenders Paris, Texas, Palme d'Or à Cannes en 1984.

Étienne Magin, né à Charleville-Mézières en 1988, a grandi près de Sedan. Il a suivi des études de cinéma à Metz, ville où il réside et travaille aujourd'hui. Après La Vallée, il aimerait réaliser un road-movie sur un descendant de républicain espagnol qui retourne sur les traces de ses ancêtres.

Concernant le film La Vallée, Étienne Magin souligne que le pire ennemi est celui des bons sentiments, du mélodrame... réussira-t-il à l'éviter ? Réponse en début d'année 2015, date de sortie prévue...

Vincent Doumayrou,
auteur du livre La Fracture ferroviaire, Pourquoi le TGV ne sauvera pas le chemin de fer, Préface de Georges Ribeill, Les Éditions de l'Atelier, Ivry-sur-Seine, 2007.

 

Les photos sont d’Étienne Magin.

Mon livre La Fracture ferroviaire évoque le mépris dont les territoires périphériques font l’objet de la part des commerciaux SNCF, plus spécifiquement, au chapitre premier, la suppression de la liaison Strasbourg – Lille en 2004, qui desservait les Ardennes.

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18 août 2010

Le portail européen du droit ouvre ses portes sur la toile

 

Le site d’info sur le droit de l’union européenne et de ses pays membres vient de sortir ; en voici l'adresse :

 

https://e-justice.europa.eu/home.do?lang=fr&action=home

 

C’est une mine d’info pour les juristes, pour les citoyens, et pour les curieux de toutes sortes.

 

Les gens aussi attachés que moi au maintien de la diversité culturelle et linguistique de l’Europe noteront avec intérêt que la quasi-totalité des langues officielles de l’Union Européenne sont représentées, à rebours de la tendance à faire de l’anglais la langue de travail unique de l’Union Européenne. Le site est en effet disponible en 22 langues, sur les 23 langues officielles que compte l’Union Européenne.

 

Le décalage entre le chiffre de 27 Etats membres et de 23 langues officielles s’explique par le fait que l’Autriche ait la même langue officielle que l’Allemagne ; que Chypre ait la même langue officielle que la Grèce ; que la Belgique ait les mêmes langues officielles que la France, l’Allemagne et les Pays-Bas ; et que le luxembourgeois, langue officielle du Grand-Duché du Luxembourg, n’ait pas le statut de langue officielle de l’Union.

 

De plus, l’irlandais, qui constitue une langue officielle de l’Union Européenne, n’est pas reprise dans le site, ce qui explique qu’il ne soit disponible qu’en 22 langues sur 23 officielles.

 

Enfin, quatre Etats sont officiellement candidats à l’adhésion à l’Union Européenne ;  il s’agit de l’Islande, de la Croatie, de la Macédoine, et de la Turquie. S’ils finissent par adhérer, l’Union Européenne aura 31 Etats-membres et 27 langues officielles ; le turc deviendra alors la deuxième langue la plus parlée de l’Union après l’allemand, mais devant le français !

 

L’adhésion à l’Union Européenne devient possible si le pays candidat remplit un certain nombre de critères définis au sommet de Copenhague, en 1993, d’où leur nom de « critères de Copenhague ». Ces critères ont notamment trait au degré d’ouverture du marché intérieur et de démocratisation du pays.

 

Vincent Doumayrou,
auteur de La Fracture ferroviaire,
Pourquoi le TGV ne sauvera pas le chemin de fer,
Préface de Georges Ribeill,
Editions de l’Atelier, Paris, 2007.

 

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27 décembre 2009

Les musiciens de la ville de Copenhague

 

Le sommet de Copenhague, et l’accord qui devait en sortir, attirent l’attention de la population mondiale, inquiète des effets du réchauffement de la planète. Mais il est à craindre que les dirigeants n’arrivent jamais à destination, comme les musiciens de la ville de Brême dans le conte du même nom.

La Chine et les Etats-Unis figurent fréquemment en position d’accusé. C’est légitime dans la mesure où ce sont les deux premiers émetteurs de gaz à effet de serre, et de loin. Toutefois, on ne peut pas traiter les deux pays de la même manière. Tout simplement parce que si la Chine a dépassé les Etats-Unis pour l’émission de gaz à effets de serre, c’est avec une population quatre fois plus nombreuse. A titre d’exemple, le tiers du CO2 émis par le transport routier à l’échelle du monde l’est aux Etats-Unis, contre seulement 6 % en Chine.

Face à cela, l’Europe, en acceptant d’emblée un objectif de réduction des émissions de gaz à effet de serre de 20 % d’ici 2020 par rapport à 1990, se donne volontiers le rôle du gentilhomme dans la caverne de brigands. Un beau rôle, inutile de l’ajouter. 

Mais à un certain nombre d’indices, on peut douter de la volonté des autorités européennes de réduire réellement les émissions. Ainsi, selon un numéro récent de la revue Ville Rail et Transports, la Suède fait pression sur les autorités bruxelloises pour que les camions de 40 à 60 tonnes soient autorisés à la circulation dans toute l’Union. Les intérêts des constructeurs Scania et Volvo ne sont pas étrangers à ce volontarisme, qui ne va pas dans le sens d’un transport plus respectueux de l’environnement.

En Allemagne, la nouvelle coalition au pouvoir veut favoriser le transport routier, après dix années de politique relativement favorable au rail. Ainsi, le produit de la taxe autoroutière sur les camions, ou « LKW-Maut », mise en place en 2005, a bénéficié en 2009 aux voies navigables pour 12 % et au rail pour 30 %. Certains dirigeants de la CDU voudraient que son produit aille intégralement à la route.

En France, dans un rapport en date du mois de novembre, la Cour des Comptes, se déclare favorable à la fermeture des lignes ferroviaires secondaires, selon l’argument qu’elles s’avèrent trop coûteuses et trop polluantes. L’expérience a pourtant montré, notamment dans le fret, que l’élagage des petites dessertes ne fait pas baisser les coûts dans les proportions souhaitées. Et il suffirait d’un plan ambitieux d’électrification du réseau ferré, pourquoi pas par le grand emprunt, pour faire baisser l’empreinte écologique de ces trains vitaux pour la desserte des territoires peu peuplés et l’efficacité du réseau ferré : sans branches, il n ‘y a pas d’arbres.

Enfin, j’ai lu dans la presse que certains manifestants sont allés en train à Copenhague, à bord d’un train affrété pour l’occasion, le Climate Express. Cette opération de communication ne doit pas faire oublier que le train de nuit quotidien Paris – Hambourg, qui permettait de relier Paris à Copenhague avec une seule correspondance, a été supprimé en décembre 2008, il y a un an presque jour pour jour, laissant de fait le monopole à l’avion sur les liaisons entre Paris et le Nord de l’Europe.

On ne peut donc qu’approuver les manifestants altermondialistes du Klimaforum qui réclament moins de paroles, et plus d’actes.

Zelazowa Wola

alias Vincent Doumayrou,
Auteur de La Fracture Ferroviaire,
Pourquoi le TGV ne sauvera pas le chemin de fer,
Préface de Georges Ribeill.
Editions de l’Atelier, Paris.

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19 janvier 2009

Linz capitale européenne de la culture de l'année 2009

 

J'ai appris il y a quelques jours que la ville autrichienne de Linz était capitale européenne de la culture pour l'année 2009. Peuplée de 200.000 habitants environ, c'est la troisième ville d'Autriche après Vienne et Graz et elle est située au bord du Danube. Personnellement, je trouve que le seul fait d'être situé au bord d'un grand fleuve donne une âme à une ville.

 

J'ai visité cette ville en 2004 et je l'avais beaucoup aimé, alors qu'elle reste à l'écart des circuits touristiques et est souvent dépréciée. Beaucoup d'amis autrichiens m'ont dit depuis qu'ils n'aimaient pas cette ville. Comme j'ai toujours trouvé ce jugement injuste, le fait de la voir récompensée par cette prestigieuse distinction m'a contenté.

 

Je voudrais aborder dans ce billet un aspect de l’oeuvre d'un illustre visiteur de Linz, j'ai nommé Wolfgang Amadeus Mozart ; les fidèles lecteurs de ce blogue savent que j'adore la musique, j'ai l'ambition de le prouver par ce billet, une fois de plus.

 

Avant d'entamer ce voyage en musique, je rappellerai juste que le Parlement européen accorde cette distinction de Capitale Européenne de la culture. Elle existe depuis 1985, mais son nom officiel était "Ville Européenne de la Culture" jusqu'en 1999. Parmi les villes qui ont reçu cette distinction, la première fut Athènes en 1985, il y a eu entre autres Graz en 2003 et Lille en 2004.

 

Et maintenant, musique !

 

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Je vais donc parler du problème de l'identification des oeuvres du plus grand de tous, Wolfgang Amadeus Mozart.

 

Mozart

Ceux qui ont plus de trente ans se souviennent de l"émission Mes Mains ont la Parole dont le générique était un air de Mozart, précisément. Il s'agissait du premier mouvement du Concerto pour piano n° 21, K. 467. Ce concerto a également fourni une musique de générique à l'émission de France Inter de Macha Béranger (la nuit).

 

Bon, n° 21 ça signifie tout simplement que c'est le 21è concerto pour piano que Mozart a composé. K. 467 : "K" signifie Köchel, c'est le nom du musicologue qui a élaboré le catalogue des oeuvres de Mozart au début du XIXè siècle. "467" signifie que c'est la 467è oeuvre que Mozart a composée d'après ce catalogue (il y en a 626 en tout).  Evidemment, plus le « Köchel » est élevé, plus Mozart a composé l’œuvre qui lui correspond tardivement.

 

Il y a donc deux numérotations l'une à côté de l'autre. La première est interne au genre (le concerto pour piano) l'autre concerne tout l'oeuvre (le Köchel ou "K.").

 

La classification "Köchel" des oeuvres de Mozart se différencie de la classification "BWV" des oeuvres de Bach, par le fait que dans cette dernière les oeuvres sont en premier lieu classées non selon la date, mais selon le genre ; ainsi, les cantates seront mises à la suite dans la classification BWV (Bach Werk Verzeichnis ou Catalogue des Oeuvres de Bach).

 

On peut aussi rentrer dans des considérations plus subtiles. Par exemple le fait que certaines oeuvres de Mozart portent des surnoms. Ces surnoms sont tels qu'ils permettent à l'amateur d'identifier les oeuvres de façon immédiate et pas infaillible, mais presque. Ainsi on ne dira pas la Sérénade K. 250 mais la sérénade "Haffner" (c'est le nom du Maire de Salzbourg, ville de naissance et d'habitation du compositeur). Cette sérénade est l'une de mes oeuvres préférées de Mozart, et ma préférée parmi les oeuvres pour orchestre.

 

Prenons l'exemple des quarante-et-une symphonies que Mozart a composées. Parmi elles trois portent un nom de ville : la 31è symphonie, K. 297, dite "Paris", la 36è symphonie, K. 425, dite "Linz" et la 38è symphonie, K. 504, dite "Prague". Il s’agit tout simplement du nom de la ville où Mozart les a composées.

 

Or on n'associe pas spontanément Mozart à Paris ; comme moi, il n'aimait pas cette ville. Il y a cependant séjourné en 1778 et sa mère y a trouvé la mort.

 

La symphonie "Linz" est importante aussi. Il suffit de regarder une carte routière (ou ferroviaire !) de l'Autriche pour s'apercevoir que Linz est située sur la Danube à mi-chemin entre Salzbourg et Vienne. En fait, Mozart a composé la symphonie en question alors qu'il était en route pour Vienne. Il venait de se fâcher avec le prince-évêque de Salzbourg, de quitter cette ville, et espérait que Vienne lui permettrait une carrière à la mesure de son talent. On est donc à la charnière entre la période salzbourgeoise et la période viennoise de la vie du compositeur. Ou du point de vue de sa maturation psychologique personnelle, entre son adolescence et son âge adulte.

 

Ainsi, la géographie et la musique se rejoignent. Linz est entre Salzbourg et Vienne d'un point de vue géographique ; elle l'est aussi d'un point de vue musical, dans la vie de Mozart donc dans l'histoire universelle de la musique.

 

Je suis allé à Linz en octobre 2004 et avant d'arriver la symphonie du même nom était la seule image que cette ville m'évoquait ! et j'ai vu qu'il existe toujours une plaque commémorative devant la maison où Mozart a composé cette oeuvre.

 

S'il est vrai que Linz souffre de la comparaison avec les autres villes principales villes d'Autriche comme Vienne, Graz, Salzbourg et Innsbrück, elle mérite quand même une visite, ne serait-ce qu'à cause de la présence du Danube. J'ai toujours trouvé forte la présence d'un grand fleuve dans une ville : regardez la Loire à Tours, le Rhin à Mayence, l'Escaut à Anvers...

Linz est également la patrie de l'astronome Johannes Kepler et du compositeur Anton Brückner. Un centre de la culture européenne donc.

 

Linz

 

Une vue de la Place Principale de Linz avec la colonne baroque construite pour conjurer la menace ottomane et la peste. Mozart l'a vue puisqu'elle date des années 1720... au fond une église sur un promontoire, le Pöstlingberg, accessible par un petit chemin de fer, et sise de l'autre côté du Danube (qu'on ne voit pas ici). Photo Université de Essen ; http://ase.cs.uni-essen.de/ase/past/ase2004/linz_and_austria.html

 

 

Une autre symphonie, la 35è, K. 385, s'appelle "Haffner", et la 41è et dernière, K. 551, s'appelle "Jupiter" du fait de son caractère grandiose (en effet...). 

En général ces noms ne viennent pas de Mozart lui-même mais d'autres et que la tradition musicale les a gardés.

Bonne semaine !

 

Zelazowa Wola

Vincent Doumayrou,
Auteur de La Fracture Ferroviaire
Editions de l'Atelier, Paris, 2007.

 

 

Des questions, des remarques, des corrections, des commentaires ? Ecrivez à temse[]a[]hotmail.fr

Linz sur le site de l'office de tourisme autrichien :

http://www.austria.info/xxl/_site/fr/_area/419060/_subAre...

04 janvier 2009

Des Voeux, des Goûts et des Couleurs

 

Cher journal en ligne,

je te souhaite une heureuse année ainsi qu'à tous tes lecteurs. J'ai d'ailleurs eu une idée de cadeau à offrir à ces derniers.

En effet, au moment d'ouvrir l'année, je me dis qu'il serait une bonne idée de faire partager mes préférences dans le domaine des arts, puisqu'il m'arrive de m'intéresser à autre chose qu'aux incidents caténaires et aux effets pervers du système TGV.... alors, que m'inspirent les Muses ?

Je commence par la musique, le roi des Arts (à mon goût !), mon air préféré n'est autre que O Ruhe Sanft, mein holdes Leben, tiré de l'opéra Zaide, de Wolfgang Amadeus Mozart. L'intrigue se passe à la cour du sultan, sous l'Empire Ottoman. Je laisse parler la musique :
http://fr.youtube.com/watch?v=_SGMWFW8lws

Passons au cinématographe. A part Paris, Texas, dont j'ai parlé il y a trois semaines (cf http://lafractureferroviaire.skynetblogs.be/archive-week/2008-50), mon film préféré est Head-On, du cinéaste allemand Fatih Akin. Le héros est Cahit s'est retrouvé à l'hôpital psychiatrique. Sibel, âgée de 23 ans, également d'origine turque, met le grappin sur lui, car elle veut fuir sa famille et le mariage est un bon moyen pour cela. Le film commence donc par ce mariage improbable, entre un alcoolique qui a la quarantaine et cette jeune femme, qui connaissent la descente aux enfers dans l'alcool, l'errance, le monde des boîtes de nuit, et qui finissent par trouver... l'amour.

Plus d'infos ici : http://www.cine.voila.fr/film/head-on

Sibel Kekilli et Birol Unel, les deux acteurs principaux du film. Les deux excellents, Sibel dans son propre rôle il est vrai : dans la vraie vie, elle est elle-même fille de "Gastarbeiter" turcs, née en 1980 à Heilbronn, petite ville du Sud de l'Allemagne.

J'adore aussi le film L'Atalante, de Jean Vigo avec Michel Simon. Ce film se déroule sur les voies navigables, et il a donc un rapport avec le monde des transports, j'en dirai davantage une autre fois...

Par association d'idée, Paris, Texas m'a amené au film Tess, puisque le rôle féminin principal est incarnée par la même actrice, j'ai nommé Nastassja Kinski. A chaque fois que je la vois dans un film, je me dis qu'elle n'a pas eu la carrière qu'elle méritait : peut-être par choix personnel ?

Quoi qu'il en soit, le roman d'origine Tess d'Urberville, de Thomas Hardy, est un classique. Comme je l'ai lu il y a dix ans, je ne me souviens plus précisément du fil de l'intrigue mais voici la base ; une jeune femme de la paysannerie (bien qu'issu de lointains ancêtres de la noblesse, d'où son nom de "d'Urbervilles") se fait abuser par un bourgeois aux moeurs décadentes. Je me souviens surtout de l'atmosphère de tragédie qui plane au-dessus du livre, tout au long de ses pages.

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L'actrice Nastassja Kinski et le metteur en scène Roman Polanski, sur le tournage du film Tess, sorti sur les écrans français le 30 octobre 1979.

 

A noter que Thomas Hardy (1840 - 1928) a également écrit Jude l'Obscur, également adapté au cinéma, avec une autre grande : non plus Nastassja Kinski mais Kate Winslet !

J'en parle car Tess... est vraiment mon roman préféré.

 

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En théatre, mon auteur préféré est Molière, et Le Malade imaginaire et Le Misanthrope tiennent la corde, pour la même raison, au fond, que Tess d'Urberville : l'ambiance de tragédie n'est pas une noirceur artificiellement accentuée par l'auteur mais émane des personnages et plane au-dessus d'eux.

En matière de peinture, mon tableau préféré n'est autre que l'Adoration des Mages, de Gentile da Fabriano. Il s'agit d'un peintre né à... Fabriano, ville de la région des Marches, près de la mer Adriatique, en 1370. Comme toute l'Italie centrale, la ville appartenait alors aux Etats pontificaux, territoire sous la souveraineté du Pape, et était réputée pour la fabrication de papier. La ville a gardé sa tradition industrielle puisqu'elle héberge le siège du groupe Merloni SpA, spécialisé dans l'électroménager avec les marques Indesit et Ariston.

Le talent de Gentile n'éclata cependant pas à Fabriano, mais à Venise, Milan et enfin Rome où il mourut en 1427. Son Adoration est le sommet de la peinture gothique, qui laisse la place ensuite à l'époque de la Renaissance, aux formes plus rationnelles et par conséquent moins féériques. L'Adoration est d'ailleurs remarquable justement par sa féérie.

Je suis sensible à ce tableau pour des raisons profanes, aucunement pour des raisons religieuses.

 

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L'Adoration des Mages, de Gentile da Fabriano. En médaillon, en bas du tableau, d'autres scènes bibliques : l'Adoration des bergers, le Repos pendant la fuite en Egypte, et la Présentation au Temple.


 

Je ne résiste pas au plaisir de vous montrer l'image de ce tableau injustement méconnu. Vous pourrez le voir à la gallerie des Offices de Florence, si vous êtes plus patient que moi pour les files d'attente.

Ci-après, deux autres tableaux que j'adore : l'Esclave turque, du Parmesan, et le Château de cartes de Chardin, un peintre français du XVIIIè siècle. Le Parmesan relève du style maniériste, qui suit la Renaissance et précède l'époque baroque.

Zelazowa Wola

Vincent Doumayrou,
Auteur de
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Editions de l'Atelier, Paris, 2007.

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Parmigianino
L'Esclave turque, du Parmesan. Visible à la galerie nationale de Parme (IT).


 

 

chardin-hsecards

Le Château de cartes de Chardin. Exposé au musée "Am Römerholz" de Winterthur (CH).

14 décembre 2008

L'Amérique des transports vue dans le film Paris, Texas.

Cher journal en ligne,

j'ai vu ce week-end le film Paris, Texas, de Wim Wenders. Il a reçu la palme d'or au festival de Cannes en 1984, mais c'est la première fois que je le vois. A titre personnel, je trouve que c'est un chef d'oeuvre, un de mes films préférés.

Il s'agit de ce que les cinéphiles appellent un "road-movie", un film d'errance donc le long des routes. Le personnage principal est Travis, qui a quitté son domicile sans laisser de traces pendant quatre ans (sans que le spectateur sache exactement pour quelle raison). Son frère Walt le retrouve finalement au Texas, et l'héberge dans son domicile de Los Angeles, où il habite avec sa femme (française) et le fils de Travis, Hunter, qu'il a adopté. Les quatre personnages cohabitent donc, jusqu'à ce que Travis décide de repartir au Texas avec son fils, en voiture, pour retrouver la mère de l'enfant, jouée par Nastassja Kinski.

Un des points amusants est qu'on voit très bien le système américain de transports. A plusieurs reprises, les personnages en voiture croisent un passage à niveau, où circulent des trains de marchandises. C'est que le transport ferroviaire de marchandises est florissant aux Etats-Unis, les marchandises sont transportées sur de longues distances par des compagnies privées, qui gèrent à la fois les opérations de transport et le réseau ferré. La part modale du transport ferroviaire dans le domaine des marchandises est de l'ordre de 40 % du total, souvent du charbon ou des conteneurs. Seule Amtrack, l'entreprise publique au statut comparable à celui de la SNCF, exploite des trains de grandes lignes de voyageurs.

Quant à Travis, il doit revenir à Los Angeles avec son frère, mais il refuse tout simplement de monter dans l'avion. Il n'aime pas le côté confiné de l'avion !

  
Deux scènes du film Paris, Texas, la seconde photo, Nastassja Kinski.

Par ailleurs, à Los Angeles, on voit très bien le poids de la voiture individuelle, les infrastructures autoroutières énormes, les nuisances des avions et des autoroutes (le domicile du frère de Travis est situé à proximité). On voit aussi la dilution de l'espace habité, l'étalement urbain, qui favorise l'usage effréné de la voiture en créant des espaces habités peu denses, difficiles à desservir en transport en commun.

Enfin, une anecdote : Travis propose au fiston de revenir ensemble de l'école à pied. Le fils refuse en disant que tout le monde revient en voiture. On voit bien le poids qu'a pris l'automobile dans les mentalités, il devient inconcevable de faire un trajet, même court, en marchant.

En France, même si ce n'est pas aussi caricatural qu'aux Etats-Unis, l'automobile a aussi pris une place démesurée dans la mobilité, favorisée par la dilution de l'espace urbain. Les autorités ont aussi fermé toutes les lignes de tramways jusqu'aux années 1960, et les trains régionaux étaient considérés comme sans perspectives d'avenir.

C'est dire que le mouvement actuel qui vise à réduire la place de la voiture, et le développement de réseaux de tramways et de TER, est pour l'instant trop limité pour ramener la voiture individuelle dans ses limites normales : il ne s'agit pas de tuer la voiture, mais de l'utiliser dans les déplacements où elle est indispensable, par exemple les déplacements en milieu rural, les déplacements atypiques, ou avec charges lourdes.

Bien que le film n'ait pas comme thème principal le monde des transports, il m'a ramené à ces réalités.

Zelazowa Wola

Vincent Doumayrou,
Auteur de La Fracture Ferroviaire
Editions de l'Atelier, Paris, 2007.

 

 

 

 

 

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