27 mars 2014

La PDG D'EasyJet reçu par le Ministre des Transports

 

La compagnie aérienne EasyJet a désormais une nouvelle agence de communication : le Ministre des Transports français.

Sa PDG Carolyn McCall a en effet été reçue le 19 mars par M. Cuvillier, lequel, entre deux petits fours, a notamment déclaré que "c'est un honneur que vous nous faites de signer au ministère des Transports. Easyjet est une belle compagnie. J'ai plaisir d'entendre que votre développement en France sera amplifié".

L'objet de cette déclaration d'amour ? Une commande, passée l'an dernier par la compagnie, de 135 Airbus (dont 100 fermes et 35 en option), pour un montant total de 12 milliards de dollars, un montant important qui peut sembler justifier une telle réception... à ceci près que la majorité de la valeur sera produite à Hambourg.

Easyjet tenait à cette réception, ce qui n'étonnera pas ceux qui savent que la France est le second marché de la compagnie, et qu'à l'inverse la compagnie est le second transporteur aérien en France.

Si le fait de voir un(e) patron(ne) reçu dans un Ministère, discours dithyrambiques à l'appui, est relativement habituel, il est beaucoup moins habituel de voir la chose soulever une polémique avec les représentants patronaux du secteur concerné. En l'espèce, la polémique fut telle que le président de la Fédération nationale de l'Aviation marchande (FNAM), M. Battisti, a décliné "personnellement" l'invitation à cette cérémonie, ni plus ni moins.

Ce refus est lié au fait que la compagnie Air France, membre de la FNAM avec le poids que l'on imagine, a peu apprécié cette réception menée au profit de son principal concurrent sur le marché intérieur français, à l'heure où elle s'engage dans une difficile opération de réduction des coûts.

De plus, il paraît pour le moins curieux de voir qu'alors que le Ministre demande à la SNCF des efforts permanents par le biais de l'augmentation des péages du TGV, il célèbre en même temps les vertus de son principal concurrent. C'est en effet en grande partie du fait d'EasyJet que le TGV perd du terrain face à l'avion depuis quelques années, à rebours de la tendance observée au début des années 2000.

D'un côté, l'Etat demande à ses propres opérateurs SNCF et Air France d'être plus rentables, de l'autre il fait de la communication pour la compagnie qui leur corse la tâche. D'un côté, il investit (avec les collectivités) des sommes sans précédent dans de nouvelles lignes de TGV, au nom du développement durable bien sûr, de l'autre, il vante lourdement les vertus économiques du principal concurrent de ces futures lignes.

Il est évidemment compliqué pour l'Etat de cumuler la casquette d'actionnaire des opérateurs publics avec celle de régulateur de la concurrence à laquelle les dits opérateurs prennent part. Au-delà, cela exprime toutes les contradictions de la politique des transports de l'Etat... ou plutôt, de son absence de stratégie en la matière.

Vincent Doumayrou
auteur du livre La Fracture ferroviaire - Pourquoi le TGV ne sauvera pas le chemin de fer,
Préface de Georges Ribeill, Editions de l'Atelier, Ivry-sur-Seine, 2007.

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Toutes les informations de ce billet proviennent de l'article de M. Fabrice Gliszczynski, journaliste au journal La Tribune :
http://www.latribune.fr/entreprises-finance/services/transport-logistique/20140320trib000820977/l-etat-francais-actionnaire-d-air-france-aide-la-com-d-easyjet.html

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