20 janvier 2014

En Hybride, en Porsche ou en Dacia

Dans la série des nouvelles qui me font penser que nous vivons dans un monde qui ne tourne pas complètement rond, j'ai lu récemment que le constructeur automobile Volkswagen a vu ses ventes mondiales augmenter de 4,8 % l'an dernier, et qu'en son sein, le marque Volkswagen proprement dite accroît ses ventes de 3,4 %, la marque de haut de gamme Audi de 8,3 %, et celle de très haut de gamme Porsche de 15 %.

Il semble donc que plus un constructeur vise le créneau de la clientèle à haut revenu, plus son chiffre d'affaires augmente. Ce constat, paradoxal dans une période de crise économique, n'étonnera pas quiconque connaît les résultats d'une enquête sur les revenus des ménages aux Etats-Unis.

En 2013, les 10 % les plus riches s'y sont adjugé plus de la moitié des revenus, un phénomène qui ne s'était jamais produit depuis la première année de confection de ces statistiques, à savoir... 1917. Depuis 2009, 95 % des augmentations de revenus ont bénéficié à ces mêmes 10 %. "[Les iniquités] dépassent celles de 1928, pic de la bulle boursière pendant les Années folles", déclare même Emmanuel Saez, économiste à l'Université de Berkeley.

Ce phénomène est en grande partie lié à la hausse de la Bourse, où 90 % des actions sont détenues toujours par ces mêmes 10 %. Les marchés d'actions peuvent il est vrai se retourner, mais les causes profondes de ce phénomène sont à la fois plus profondes et plus lointaines – à titre d'exemple, 1 % des new-yorkais s'adjuge aujourd'hui 39 % des revenus des ménages de la ville, contre 12 % seulement en 1980.

Cette bulle de richesse alimente logiquement une consommation de luxe, parmi laquelle les voitures Porsche, alors que le reste de la population ne peut maintenir ou accroître sa consommation qu'en s'endettant.

Au plan environnemental, alors que la transition énergétique dont parlent les décideurs politiques semblerait supposer une utilisation plus raisonnée de l'automobile, les gros modèles dont les ventes augmentent supposent une augmentation de l'énergie consommée par déplacement et donc un gaspillage d'énergie considérable.

Le dernier paradoxe est qu'alors que de nombreux sociologues écument les plateau de télévision à philosopher sur la fin de l'automobile comme instrument d'affichage social, ces voitures qui ne sont pas exactement un modèle de modestie automobile attirent une clientèle croissante.

Bien entendu d'autres tendances plus vertueuses se font jour, comme l'augmentation des ventes de Dacia – la nouvelle voiture du peuple – et celle des véhicules hybrides, qui combinent un moteur à essence "traditionnel" et un moteur électrique, et qui doivent représenter 6 % des ventes mondiales de voitures en 2020. Un créneau où les japonais font la course en tête, mais où Peugeot n'est pas loin derrière, à rebours des discours déclinistes sur – lisez "contre" - l'industrie française.

Cela ne m'empêchera pas de vous souhaiter une bonne année 2014 - que vous rouliez en Citroën Hybride, en Porsche ou en Dacia.


Vincent Doumayrou,
auteur de La Fracture ferroviaire – Pourquoi le TGV ne sauvera pas le chemin de fer
Préface de Georges Ribeill – Editions de l’Atelier, Paris, 2007.

=-=-=-

Pour me contacter : temse@laposte.net

Pour revenir à la page d'accueil de ce blog : http://lafractureferroviaire.skynetblogs.be

=-=-=-

Commentaires

En lisant votre article je me rends compte qu’effectivement le monde tourne mais à des vitesses différentes. Il est intéressant de regarder les chiffres des ventes automobiles pour y découvrir un phénomène de société. En tant que blogueuse sur le transport, je rejoins votre point de vu.

Écrit par : jemedeplace | 06 juin 2014

Votre article est très intéressant et dénonce une réalité bien visible !
Néanmoins, il ne faut pas oublier que les constructeurs allemands ce sont mis à l'hybride et que ces modèles réduisent considérablement les coups énergétiques.

Écrit par : nature-environnement | 23 juin 2014

Je suis également de l'avis de @nature. Les véhicules hybrident arrivent sur le marché et cela freine considérablement le rejet de C02 dans l'atmosphère. Cependant, ne l'oublions pas, la consommation d'énergie pour se déplacer est un besoin contrôlé par les gouvernements et qui ne risque pas de s'arrêter demain. en tant que professionnel dans la mode (ceintures cuirs de qualité) je suis amené à me déplacer dans toute la France. Ces véhicules sont certainement moins couteux cependant je ne me déplace qu'en train. Ce moyen de confiance est bien plus performant pour les déplacements.

Écrit par : clodius-france.com | 01 août 2014

Les commentaires sont fermés.