08 novembre 2013

Pourquoi Fontenay-aux-Roses n'est pas devenue Rosny-sous-Bois

 

La coulée verte du Sud parisien, qui relie la Gare Montparnasse à Massy, est devenue familière aux promeneurs de cette partie de l'Ile-de-France, et elle est partie intégrante du patrimoine de la région. Son existence n'est pourtant pas allée de soi. Voici pourquoi.

La commune de Fontenay-aux-Roses, parcourue par la coulée, et où l'auteur a eu l'honneur de résider, aurait pu être parcourue par une balafre autoroutière, comme l'est aujourd'hui, par exemple, la ville de Rosny-sous-Bois. Les projets des années 60 voulaient en effet qu'à la place de ce qui est aujourd'hui la coulée verte, passe une autoroute pénétrante urbaine, l'A10, qui devait se terminer à Montparnasse après avoir traversé la banlieue... dont Fontenay-aux-Roses.

C'était l'époque des grands projets routiers, Pompidou disait qu'il fallait adapter Paris à l'automobile. Un projet officiel présenté en 1967 prévoyait de quadriller Paris avec des routes à 2X2 voies, un autre de construire une pénétrante sur la rive gauche de la Seine, un autre donc cette pénétrante A10, contre laquelle des associations, dont la future FNAUT, n'ont pas tardé de se mobiliser dans les communes de banlieue concernées.

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Ci-dessus : quelques images de la coulée verte à Fontenay-aux-Roses. Photos perso, comme toutes les photos de ce billet.



Leur action consistait à faire paraître des bulletins, à interpeller les élus locaux, à manifester. Ainsi, leur action culmina par une manifestation tenue le 30 novembre 1974 à Malakoff, dont les journaux la Croix et L'Humanité rendirent abondamment compte. Au plan électoral, les associations organisèrent le biffage du nom du maire de Fontenay, M. Dolivet, contribuant puissamment à sa défaite aux élections municipales de 1977.

Les mêmes élections scellèrent le sort de la radiale dans Paris intra-muros. Michel d'Ornano, candidat malheureux de la droite à la Mairie de Paris, était défavorable à ce projet. Mais Jacques Chirac, l'heureux élu, sentit le vent du boulet et y renonça officiellement une fois installé dans son fauteuil de maire. Les autorités maintinrent toutefois le projet d'une A10 qui pénètrerait jusqu'Antony, où elle se terminerait par un échangeur avec l'autoroute de ceinture, la A86. Fontenay, située au nord de cet échangeur, ne devait donc plus être concerné par l'autoroute.

Mais un autre projet avait surgi entre temps des cartons des associations. Il s'agit du projet de Coulée verte, un projet de jardin public en corridor qui devait relier la Gare Montparnasse à Massy, en grande banlieue, selon l'axe prévu au départ pour la pénétrante A10.

L'étape suivante est l'annonce par le Président Mitterrand, en septembre 1981, de la construction de la ligne du TGV Atlantique, seconde ligne de TGV après Paris-Lyon. Cette ligne devait emprunter la plate-forme de Gallardon, ligne ferroviaire inutilisée qui transitait selon ce même axe.

Le but des associations est désormais de concilier le projet de ligne à grande vitesse "Atlantique" et celui de coulée verte, en obtenant l'enfouissement de la LGV : la coulée verte passerait donc en plein air, la ligne de TGV en souterrain. La SNCF, malgré les surcoûts que cela provoquait, finit par accepter l'enfouissement sur la quasi-totalité du parcours entre Châtillon et Massy. La Coulée verte pouvait naître : elle fut déclarée d'utilité publique le 28 mars 1988 et inaugurée deux ans plus tard.

On notera avec intérêt un projet de ligne de tramway, reliant Châtillon à Massy selon le même axe, porté par la RATP en 1982. On regrettera évidemment que ce projet, qui dédoublerait utilement le RER B actuellement en proie à des dysfonctionnements chroniques, n'ait jamais vu le jour.

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RER-B.JPG Ci-dessus : le RER à Fontenay-aux-Roses.

Ce billet raconte donc l'histoire d'une contre-proposition citoyenne finalement adoptée par les pouvoirs publics et devenue réalité. Il faut rendre hommage ici à M. Louis Pouey-Mounou, architecte issu d'une lignée d'ingénieurs, qui a remis en cause les idées technicistes de son milieu d'origine et a mis ses compétences d'urbanistes au service d'un projet d'intérêt général. Un livre, Eclats de Vert, écrit par son épouse, relate son parcours.

Aujourd'hui, la coulée verte sert de lieu de promenade mais aussi de voie de transport doux pour les habitants, pour la plupart aisés, de son voisinage. Nombreux sont les cyclistes qui la parcourent pour aller au travail.

On pourra pour conclure regretter qu'une telle réussite urbanistique (ne) soit (que) le fait de communes réputées chic ou en voie de gentrification ; et que ce n'est pas qu'un hasard géographique si Rosny-sous-Bois, commune de Seine-Saint-Denis bien que beaucoup plus riche que la moyenne de ce département, n'en bénéficie pas.

 

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Ci-dessus, le Tabac de la Gare et l'Hôtel de Ville.


Vincent Doumayrou,
auteur de La Fracture ferroviaire – Pourquoi le TGV ne sauvera pas le chemin de fer
Préface de Georges Ribeill – Editions de l’Atelier, Paris, 2007.

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Commentaires

J'habite à Fontenay-sous-Bois, et je n'avais jamais eu vent de cette histoire !

Écrit par : Alexandre Faycal Joude | 12 mars 2014

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