19 juillet 2012

Le service Autolib'... et ses détracteurs

 

Le système d'Autolib’ est un système d’autopartage, c’est-à-dire de location publique de voitures, de la même manière qu'une bibliothèque est un système de location publique de livres. Il a été lancé en décembre dernier à Paris et dans 45 communes environnantes.

Son but n'est pas d'inciter ou non l'usager à utiliser l'automobile, mais de l'inciter à l'utiliser comme locataire et non plus comme propriétaire. Le système a donc pour but final de faire baisser le taux de propriété des véhicules.

Or, il encourt les foudres d'un certain nombre d'écologistes et aussi de Jean Sivardière, président de la FNAUT, principale organisation de défense des usagers des transports.

Ses arguments sont repris dans un article de l'Express (le lien figure en pièce jointe). « En règle générale, nous dit-il notamment, les dispositifs d'auto-partage prévoient que l'on rapporte son véhicule à son point de départ. Or, dans la capitale, ce ne sera pas le cas: on pourra le prendre dans une station et le laisser dans une autre. » Autrement dit, selon M. Sivardière, Autolib’ serait… trop commode !… et aurait donc le tort d’inciter la population à moins utiliser les transports publics.

Ce risque existe effectivement, car à partir du moment où l'on crée une offre de transport nouvelle, elle peut concurrencer l’offre déjà existante ; ça tombe sous le sens.

On peut toutefois se demander si ce monsieur s'est renseigné sur les prix pratiqués. Ainsi, pour utiliser Autolib pendant une semaine, l’usager doit débourser un forfait de 15 €, auxquels s'ajoutent 7 € à chaque demi-heure d'utilisation. Ainsi, un utilisateur qui s'en servirait pour aller au travail et en revenir du lundi au vendredi devrait débourser 15 € de forfait, plus 7 € le matin et 7 € le soir, soit en tout 85 € pour toute la semaine, alors qu'un Passe Navigo hebdomadaire pour les zones 1 à 3 (grosso modo, la zone couverte par les bornes Autolib') ne coûte que 24,85 €, soit un prix entre 3 et 4 fois moins élevé, et avec la possibilité d'un nombre de déplacements illimités !

La simple comparaison des tarifs, que n'importe quel élève de cours moyen est capable de faire, pousse donc à affirmer que les deux systèmes de transports (Autolib' d'un côté, RATP et SNCF de l'autre) ne seront concurrents qu'à la marge, tout simplement parce que l'écart de prix entre eux est trop important.

J'ai pris l'exemple d'une utilisation hebdomadaire, mais l'examen des tarifs d'une utilisation mensuelle, annuelle, ou purement occasionnelle conduit à la même conclusion : l'Autolib est beaucoup plus cher que les transports en commun.

Quant aux chiffres de trafic, leur examen est probant aussi. Ainsi, selon les chiffres glanés dans la presse, la société exploitante compte au bout de six mois d’exploitation 15 000 abonnés, et en espère 80 000 en 2018 – alors qu'en Ile de France, il y a 2 millions d'abonnés au Passe Navigo.

Pour le nombre de déplacements, Autolib' a enregistré 118 000 locations en cinq mois, soit 180 000 déplacements environ si l'on fait l'hypothèse d'un taux de remplissage moyen d'1,5 personne par location.

Mettons que, dans l'hypothèse d'une montée en charge importante dans les mois qui viennent, l'on parvienne à 500 000 locations (trajets) dans l'année, cela fait 750 000 déplacements par an... chiffre à comparer aux 1,5 milliards de trajets annuels dans le métro seul (ce qui exclut donc le RER, les autobus et les tramways).

Autant dire que les abonnements et les déplacements effectifs ou espérés d'Autolib', même s'ils étaient tous pris aux transports en commun, ne constitueraient qu'une partie tout-à-fait marginale de la clientèle de ces derniers.

Certes, l'Autolib' n'a pas de quoi susciter un enthousiasme ébouriffant. Par son prix et la zone géographique où il est accessible, il s'adresse à une frange privilégiée de la population, et sur une niche de déplacements très limitée. Mais il constitue le premier pas vers une progression de l'autopartage, un principe qu'il n'est pas question de mettre en cause. Et surtout, il ne concurrencera pas les transports en commun.

Vincent Doumayrou,
Auteur de La Fracture Ferroviaire, Editions de l’Atelier, Paris, 2007. Préface de Georges Ribeill.

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Voici le lien vers l’interview dans le journal L’Express : http://www.lexpress.fr/actualite/societe/etes-vous-favorable-a-autolib_1052266.html

Et vers les tarifs d’Autolib : https://www.autolib.eu/subscribe/offer_choice_session/

Et vers un article qui fait le point sur le trafic : http://www.autonews.fr/Dossiers/Votre-quotidien/autolib-bollore-bluecar-paris-electrique-317227/

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Contact : temse[a]laposte.net

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Commentaires

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Écrit par : assurance automobile | 29 août 2012

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