23 mai 2012

Les commerciaux SNCF ne savent pas que le jeudi de l'Ascension est férié

 

La Carte Escapades fait partie de la gamme de cartes de réductions SNCF, au côté des Cartes Enfant+, 12-25 et Senior notamment. Elle permet une réduction comprise entre 25 et 50 % sur les trains à réservation obligatoire. Sur les trains TER et Intercités à réservation facultative, la carte permet à son porteur de voyager avec une réduction de 50 % pour un trajet commencé en période bleue et 25 % pour un trajet commencé en période blanche.

Par ailleurs, il faut que le trajet aller fasse plus de 100 kilomètres. Cette condition permet la partition des marchés entre courte et longue distance. La carte vise donc les déplacements de moyenne et longue distance.

Plus importante encore est la condition week-end. Pour bénéficier de la réduction, le porteur de carte Escapades doit faire le trajet aller et le trajet retour, avec la nuit du samedi au dimanche entre les deux. Depuis 2007, cette condition a été un peu desserrée, puisque depuis cette date, le voyageur bénéficie de la réduction s’il fait l’aller et le retour le samedi ou le dimanche.

Cette condition « aller - retour » week-end réserve, de fait, l’utilisation de cette carte aux voyages que l’on fait pour des motifs de loisirs. Elle assure donc la partition entre le marché des voyages de loisirs et celui des voyages d’affaires.

Cette condition permet plus précisément d’éviter que des voyageurs n’optent pour la Carte Escapades, alors que leur budget leur permet de s’offrir un voyage à plein tarif ou à demi-tarif Fréquence, dont l’achat coûte considérablement plus cher (674 € pour une carte Fréquence France entière annuelle contre 76 € pour une carte Escapades). Il permet d’éviter le phénomène dit de « dilution » des recettes, où un voyageur voyage moins cher que le prix qu’il aurait été prêt à payer.

Cela posé, je m’étonne, en ce mois de mai synonyme de « ponts », que le porteur de Carte Escapades ne puisse pas jouir de la condition week-end pendant les week-ends prolongés. Ainsi, un aller - retour effectué durant le week-end de la Pentecôte (par exemple, l’aller et le retour le lundi, ou entre le dimanche et le lundi) ne permet pas de bénéficier de la réduction liée à la carte Escapades. Or, la nuit du dimanche au lundi, et le lundi lui-même, devraient être intégrés au calcul du week-end. C’est pareil pour tous les longs week-ends - le 1er mai, l'Ascension, ou, cette année, celui du 15 août (le Ferragosto cher à nos amis italiens).

C'est d'ailleurs ce qui se produit en Belgique et aux Pays-Bas, où les conditions de billets week-end sont étendues lors de ces fêtes légales. Le bon sens voudrait que le « week-end » dure alors tout le week-end prolongé : il y a en effet fort peu de chances que beaucoup de voyages d’affaires soient effectués le jeudi de l'Ascension ou le lundi de Pentecôte…

On peut s’étonner que les commerciaux de SNCF Voyages, qui utilisent des programmes ultrasophistiqués pour connaître au mieux les habitudes des clients et le taux de remplissage des trains, semblent ne pas savoir que le Jeudi de l’Ascension est un jour férié.

Vincent Doumayrou,

Auteur de La Fracture Ferroviaire, Éditions de l’Atelier, Paris, 2007. Préface de Georges Ribeill.

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09 mai 2012

Les trains de pèlerins de nouveau en odeur de sainteté ?

Jeudi dernier, des associations de pèlerinage, RFF et la SNCF ont conclu un accord relatif aux trains de pèlerins en provenance et à destination de Lourdes, à la suite d’une mission de médiation nommée par le Ministère des Transports il y a huit mois.

 

L’accord comprend treize mesures aux termes desquelles la SNCF et RFF s’engagent à améliorer le service rendu, notamment, pour RFF, à améliorer la constitution et l'annonce des catalogues de sillons et, pour la SNCF, à proposer « un meilleur confort de voyage grâce à du matériel roulant moderne et du personnel sensibilisé » ; la liste de ces mesures figure dans le lien fourni en annexe à ce billet.

 

Les associations religieuses se plaignent en effet du service médiocre et du manque de considération que leur vouent les établissements ferroviaires ; le problème n’est pas neuf puisqu’en 2006, l’épiscopat parlait déjà de « mépris », notamment parce que la SNCF annonçait l’heure des départs au dernier moment. Ainsi, 3200 pèlerins du diocèse d’Arras, dont le train devait partir le 22 juin 2006, en ont été informés de l'heure du départ le 20 juin, soit... deux jours avant.

 

Il serait superficiel d’y voir un comportement antireligieux de la part des établissements ferroviaires. Un voyagiste communiste, matérialiste et athée aurait probablement, dans les mêmes circonstances, des problèmes semblables.

 

Car les pèlerins sont victimes de deux phénomènes qui n’ont rien de théologique mais sont bel et bien relatifs à la politique ferroviaire de la France.

 

D’abord, les problèmes de gouvernance du système ferroviaire. La scission entre RFF (le gestionnaire d’infrastructure) et la SNCF (le gestionnaire d’infrastructure délégué et le transporteur) pose de multiples problèmes d’interface, aggravés par le mauvais état du réseau, qui conduit aujourd’hui à une multiplication des travaux, bienvenue évidemment mais source de chaos. Ainsi, les dirigeants d’Euro Cargo Rail se plaignent régulièrement de la médiocre fiabilité des sillons ; or, si le second transporteur ferroviaire de France, filiale du groupe Deutsche Bahn, est victime du mépris de RFF, on ose à peine imaginer le sort réservé par le même établissement à un marché qui ne représente que 280 trains par an… contre 365 allers-retours (donc 730 trains) en 2006.

 

Les pèlerins sont victimes d’un second phénomène, qui est propre à l’exploitant ferroviaire lui-même. Le recentrage de la SNCF sur le « train avion », avec remplissage des trains en temps réel, place par place, a toutes les chances de faire assez peu de place au tourisme social et aux voyages en groupe. Par ailleurs, le fait de n’avoir d’yeux que pour la concurrence de l’avion conduit à négliger ce type de trafic, où l’autocar est le concurrent principal.

 

Pourtant, selon les statistiques officielles, les autocars affrétés ont effectué en 2010 un trafic de 20,2 milliards de voyageurs-kilomètres, soit nettement plus que les 12,7 milliards de l’avion : il y a donc là un réel potentiel de progression pour le train, un potentiel négligé, comme bien d’autres.

 

Quant à l’accord conclu la semaine dernière, le maire (UMP) de Lourdes rappelle que de semblables accords ont été conclus en 2006, et bien peu suivis d’effets.

 

En effet, notre propos est de dire que ces accords ne sont qu’un cas d’espèce d’une politique plus générale, qu’ils ont bien peu de chances de changer. A moins d’un miracle.

 

Vincent Doumayrou,

Auteur de La Fracture Ferroviaire, Éditions de l’Atelier, Paris, 2007. Préface de Georges Ribeill.

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Ce billet a pour source un article de Mme Claire Lesegrétain paru lundi dernier dans le journal La Croix, intitulé Un nouvel accord signé avec la SNCF sur les trains de pèlerinage , et un article du journal Le Monde du 6 août 2006, de Henri Tincq, L'évêque de Lourdes dénonce le « mépris » des chemins de fer pour les trains de pèlerinage.

 

Voici le communiqué que RFF a publié sur l’accord : http://www.rff.fr/fr/presse/communiques-de-presse/2012-875/trains-de-pelerinage-sncf-rff-les-organisations-de-pelerinages-et-les-sanctuaires-de-lourdes-signent-les-accords-de-lourdes-2013-2017

 

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