28 juin 2010

Le groupe Fiat veut relocaliser la production de son modèle Panda en Italie

 

Le groupe Fiat a formé le projet de relocaliser le montage de la Fiat Panda de Pologne vers l’usine de Pomigliano d’Arco, dans la province de Naples.

Cette usine était au départ une usine Alfa Romeo, du temps où ce constructeur dépendait de l’IRI, la holding d’État qui coiffait les participations publiques dans diverses entreprises. L’usine a été fondée au début des années soixante-dix du fait de la volonté politique de l’Etat italien d’aider au développement du Midi, Alfa Romeo étant jusqu’alors établi dans la banlieue de Milan ; le nom du premier modèle qui y fut produit, « Alfasud », contient une référence évidente à la localisation de l’usine, qui continue aujourd’hui de fabriquer des modèles Alfa Romeo, tout en étant passée sous la coupe du groupe Fiat.

La direction de l’entreprise a organisé un référendum mardi dernier afin de faire valider par le personnel l’idée de la relocalisation en Italie, mais aussi la flexibilité accrue qui l’accompagnerait, avec le passage de 10 rotations d’équipes sur cinq jours à 18 sur six jours. La Fiom, fédération syndicale de la métallurgie, avait appelé à refuser l’accord, contrairement aux grandes centrales syndicales comme la CGIL, équivalent de notre CGT.

Le référendum, qui s’est tenu mardi dernier, a bénéficié d’une participation énorme de 95 %, et 62 % des votants ont approuvé l’accord. Mais la direction semble considérer ce raz-de-marée comme une demi-victoire, elle qui s’attendait à un oui plus net, supérieur à 70 % des suffrages exprimés. Par conséquent, elle n’exclut pas la possibilité de maintenir la production de la Panda en Pologne, et de ne pas procéder, en Italie, à l’investissement prévu, qui s'élève à 700 millions d’Euros.

Cette affaire pose le problème de la répartition des capacités industrielles entre les pays les plus développés et les pays dits émergents. Le problème a pris récemment en France une dimension politique avec l’intention affichée de Renault de produire la Clio en Turquie, qui a provoqué un coup de colère (ou de menton ?) du pouvoir politique.

En fait, les industriels n’ont pas toujours intérêt à délocaliser vers les pays à bas coûts salariaux, qui posent de nombreux problèmes comme une instabilité politique plus forte, une productivité inférieure, des coûts de transports élevés, ou encore le risque de change – on le voit aujourd’hui avec la baisse de l’euro - ou les revendications salariales comme celles qui se font jour depuis quelques semaines en République populaire de Chine.

Tout cela n’empêche pas que continuent des formes de chantages à la délocalisation – ou, comme ici, à la relocalisation. En l’espèce, Fiat semble dire à son personnel : « On ne relocalise la production en Italie que si vous approuvez les conditions posées en échange. Et il faut non seulement les approuver, mais les approuver par un oui massif ».

Vincent Doumayrou,
Auteur de
La Fracture Ferroviaire,
Pourquoi le TGV ne sauvera pas le chemin de fer
,
Préface de Georges Ribeill.
Éditions de l’Atelier, Paris.


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