18 mai 2010

Le rail belge à la conquête du Rhin

 

 

J’ai signé un article dans Le Monde Diplomatique du mois d’avril 2010, intitulé Veut-on singapouriser la Flandre ?

Il s'agit d'une étude de cas pratique sur les nuisances liées aux voies de transports à Anvers (Be), ville qui héberge le second port d'Europe, située au cœur d'une des zones les plus peuplées du monde, et dont le périphérique voit circuler jusqu'à 250 000 véhicules par jour.

Dans ce contexte, le projet de bouclage du Ring par un viaduc situé à 2 km du centre historique, aux piliers hauts de 150 mètres, de passage à 18 voies de circulation au cœur des faubourgs provoquerait des nuisances considérables, et a suscité une mobilisation citoyenne sans précédent.

Le but de l’article est de suivre responsables d’association, médecins, conseillers municipaux, et son résultat d’établir que l’infrastructure nouvelle conforte les mécanismes de marché.

L’article sera bientôt intégralement en ligne sur ce lien :

http://www.monde-diplomatique.fr/2010/04/DOUMAYROU/19009

Le billet ci-après effectue un état des lieux des différents moyens de transport à Anvers, et décrit les infrastructures de transport qui y sont en construction, en projet, ou en service depuis peu. Il constitue un complément à l’article du Monde Diplomatique.

Bonne lecture !


 


Ring_Antwerpen_2

 


 

Dans l’agglomération, l’automobile assure en 2001 53 % des déplacements de personnes, les transports en commun 7 % ; le nombre de voyages en transports en commun ayant doublé depuis, cette part est probablement supérieure à 10 % aujourd’hui. Ce recul récent de la part de l’automobile dans les déplacements urbains se retrouve dans les grandes villes françaises depuis quelques années.

Anvers est dotée depuis 1975 d’un prémétro, réseau de tramways en tunnel dans le centre ville. Les « parts modales » sont comparables à celles du Grand Lille par exemple, sauf celle de la mobilité en bicyclette, beaucoup plus élevée à Anvers, 12 % au lieu de 2 %, du fait d’un réseau de pistes cyclables étendu[1].

Les grands projets d’agglomération prévoient, outre le viaduc du Lange Wapper, l’aménagement des Leien (équivalents des grands boulevards à Paris), la transformation du Singel (équivalent des boulevards des maréchaux) en voie verte, le prolongement de plusieurs lignes de tramway vers la banlieue, et la modernisation du Canal Albert, qui relie Anvers à Liège.

Les voies navigables convoient 32 % des marchandises du port, le rail 12 %. La SNCB a connu ces dernières années une forte hausse de son trafic de voyageurs, qui, jusqu’en 2008, ne s’est pas fait au détriment du fret, contrairement à la situation française. La saturation menace donc, et avec elle, la nécessité de nouvelles voies ferrées.

Dans une Belgique plus scindée que jamais, les chemins de fer sont l’un des seuls services publics non régaliens à toujours relever de la compétence de l’Etat. Ils connaissent en revanche depuis 2005 une séparation fonctionnelle entre la gestion d’infrastructure confiée à Infrabel et l’exploitation ferroviaire confiée à la SNCB, la SNCB Holding chapeautant le tout. Le port est vital pour la SNCB, qui y réalise 40 % de son activité « Cargo ». C’est pourquoi Infrabel a élaboré le projet du Liefkenshoek, tunnel sous l’Escaut qui permettrait aux trains une liaison plus directe entre les docks de la rive gauche et la gare de formation d’Anvers Nord, sur la rive droite. Infrabel veut aussi réaliser le Rhin d’Acier, un corridor ferroviaire issu en partie de réouverture de lignes, en partie d’une ligne nouvelle, qui rejoindrait la Ruhr en traversant les Pays-Bas. Mais ce projet fait concurrence à la Betuwelijn, ligne dédiée au fret, inaugurée en 2007, qui accélère la liaison entre Rotterdam et l’hinterland allemand.

Enfin, Infrabel a participé à la construction de la ligne nouvelle qui relie Anvers à Amsterdam. L’infrastructure se compose de deux parties : grâce à la jonction Nord - Sud, inaugurée en 2007, les trains peuvent traverser Anvers en tunnel, et ne saturent donc plus la ligne de ceinture ; la gare centrale n’est plus en impasse. La ligne de TGV vers les Pays-Bas a une fonction de voyageurs de longue distance internationale, une fonction d’intermodalité avec l’avion, puisqu’elle dessert l’aéroport de Schiphol, et une fonction de « banlieue » : une gare nouvelle est située à Brecht, commune de la couronne d’Anvers, pour un trafic de navetteurs.

 Vincent Doumayrou,
auteur de La Fracture ferroviaire,
Editions de l'Atelier, Paris, 2007.

 

J'aborde dans mon livre les grands travaux ferroviaires autour de la gare centrale d'Anvers.



[1] Sources, Ville d’Anvers et le site de Lille Métropole.

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