09 mai 2010

Tempête de force 10 sur la zone Euro

 

La crise financière a franchi incontestablement une nouvelle étape ces dernières semaines, après dix-huit mois d’accalmie relative sur les marchés financiers. Elle reprend une intensité jamais vue depuis l’automne 2008 et les suites de la faillite de la banque Lehman Brothers.

Elle a aujourd’hui pour épicentre la zone euro et prend la forme à la fois d’une crise des finances publiques, avec le danger de voir un Etat faire défaut sur sa dette ; et celle d’une crise monétaire, avec la baisse importante de l’Euro face notamment au dollar.

Ces deux traits rappellent par exemple la crise mexicaine de 1994, asiatique de 1997, ou encore russe en 1998. Sauf qu’ici, c’est la deuxième zone économique du monde qui est touchée… les conséquences potentielles en sont d’autant plus graves.

A ce sujet, j’aimerais m’arrêter sur deux aspects particuliers. Le premier a trait à la zone Euro en particulier, le second au capitalisme mondialisé en général.

La zone Euro est un assemblage de seize Etats qui ont adopté une monnaie commune, et mis en commun leur souveraineté monétaire à travers la Banque centrale européenne (BCE). En même temps, ils ont gardé les organes de décision de chaque Etat, notamment en matière budgétaire. Les Etats ont laissé l’accélérateur et le frein à la BCE, mais ont gardé le volant. Gros souci quand la route est mauvaise.

L’autre contradiction est qu’au sein de cette zone, des Etats aux traits économiques très différents cohabitent.

Or, personne ne le rappelle, mais la Grèce a appartenu à l’Empire ottoman, l’« Homme malade de l’Europe » au XIXè siècle, dont elle ne s’est émancipée qu’en 1830, et encore par sur tout son territoire. Les faits reprochés à la Grèce par la presse (dépenses militaires importantes pour rivaliser avec la Turquie dans une ambiance nationaliste, fraude fiscale et corruption massives, économie noire importante) sont des traits classiques du sous-développement que l'adhésion à la CEE en 1981 n’a pas éteints en un jour.

De l’autre côté, la France, l’Allemagne, les pays du Benelux, sont des pays riches, qui ont connu la révolution industrielle au XIXè siècle. Or ceux-ci ont aujourd’hui la même monnaie que la Grèce, un peu comme si le New Jersey et l’Argentine faisaient tous les deux partie de la zone dollar. Ces différences économiques internes à la zone Euro ne peuvent que la fragiliser.

Du point de vue du fonctionnement du capitalisme, le fait que les agences de notation, les banques et les fonds spéculatifs puissent jouer leur rôle de pyromane montre que la moralisation du capitalisme promise l’an dernier par les chefs d’Etat du G20 n’a pas été menée à bien : c’est on prend les mêmes et on recommence, sauf que cette fois-ci, ce sont les Etats qui sont au bord du défaut, et plus les banques.

Il est probable que la BCE va finir par acheter des obligations d’Etat aux banques, en « créant » des Euros, comme elle l’a fait pour les titres pourris des banques.

Cela reviendrait à mettre de côté sa mission de lutte contre l’inflation, mais à chaque époque ses priorités.

Il faut d'ailleurs savoir que les banques centrales américaine et britannique ont déjà procédé à ce type de politique l’an dernier : la réserve fédérale américaine a ainsi acheté pour 300 milliards de dollars de bons du Trésor américain, soit une somme comparable à l’équivalent de la dette grecque… toute entière.

Evidemment, je suis pour la solidarité entre Etats européens, mais aussi entre peuples européens. Les conditions du plan imposé à la Grèce sont très dures. Ce n’est pas à la population de payer une crise dont elle n’est pas responsable. Cela peut conduire à la dégradation des conditions de vie de la population, à la misère et à un retour des régimes autoritaires et même à des guerres.

Les Etats peuvent d’ailleurs prendre des mesures contre les spéculateurs : contrôle des changes entre monnaies, nationalisation ou saisie des banques, création d’un crédit public, augmentation des impôts pesant sur les fortunés. Ainsi, l’économie serait gérée dans le long terme et pour l’intérêt général de la société.

Vincent Doumayrou,
Auteur de
La Fracture Ferroviaire, Editions de l’Atelier, Paris, 2007. Préface de Georges Ribeill.



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