05 avril 2010

TGV... inci

 

RFF a annoncé la semaine dernière que la société Vinci bénéficierait du contrat de construction et d’exploitation de la ligne à grande vitesse entre Tours et Bordeaux. Il s’agit d’un contrat public privé, où Vinci doit financer une partie des frais de construction de la ligne puis s’en voit attribuer la concession d’exploitation pendant 50 ans, à travers une délégation de service public. Vinci sera alors gestionnaire d’infrastructure et fera payer des péages aux opérateurs ferroviaires. RFF redeviendra gestionnaire de la ligne au terme des 50 ans de concession.

La ligne en question est une ligne de 340 kilomètres entre Tours et Bordeaux, avec des raccords à Poitiers et Angoulême. Au risque de radoter, je trouve très discutable cette priorité donnée aux liaisons de longue distance avec Paris, dans un contexte où l’agglomération de Bordeaux, pour ne prendre qu'elle, n’est toujours pas équipée d’un RER.

Un autre point pose problème, la notion de partenariat public privé. Le président de RFF comme le Secrétaire d’Etat aux Transports soulignent que la prise en charge d’une partie des dépenses par une entreprise privée permet la réalisation du projet, en cette période de basses eaux pour les finances publiques.

Il faut d’abord rappeler que la société Vinci est très active dans les travaux publics et l’exploitation d’infrastructures publiques comme les parkings. Une bonne partie de ses fonds consiste donc… en argent public.

De plus, Vinci ne finance le projet qu’à hauteur de 3,8 milliards d’Euros, le secteur public à hauteur de 4 milliards répartis entre l’Etat, les collectivités locales et RFF. Le secteur public continue donc de financer la majorité du projet. Par ailleurs, sur la somme « engagée » par Vinci, seuls 800 millions le sont sur les fonds propres de la société. Sur les 3 milliards restants, obtenus par endettement, les ¾ sont garantis par l’Etat. L’engagement réel de Vinci concerne donc moins du quart du projet.

Et il est vraisemblable que Vinci fera tout pour rentabiliser au maximum un projet à la rentabilité très incertaine, soit en faisant payer l’exploitant ferroviaire au prix fort, ce qui ira dans le sens d’une nouvelle hausse du prix du billet, soit en faisant payer l’Etat, par des opérations de lobbying. La crise financière nous a bien montré que les entreprises du CAC-40 savent faire porter les risques de dernier ressort à l’Etat.

Vincent Doumayrou,
Auteur de
La Fracture Ferroviaire,
Pourquoi le TGV ne sauvera pas le chemin de fer
,
Préface de Georges Ribeill.
Editions de l’Atelier, Paris.

Dans mon livre, je parle au chapitre II de la possibilité de privatisation de chemins de fer, à travers ce type de contrats de concession.

Les informations que j’ai reprises dans ce billet proviennent toutes du dossier du journal La Tribune, dans son édition du 31 mars dernier.

Le communiqué de presse de RFF : http://www.rff.fr/fr/gestion-page-d-accueil/actualites/nouvelle-etape-pour-la-ligne-a-grande-vitesse-sud-europe-atlantique

La site web de Vinci : http://vinci.com/

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