27 décembre 2009

Les musiciens de la ville de Copenhague

 

Le sommet de Copenhague, et l’accord qui devait en sortir, attirent l’attention de la population mondiale, inquiète des effets du réchauffement de la planète. Mais il est à craindre que les dirigeants n’arrivent jamais à destination, comme les musiciens de la ville de Brême dans le conte du même nom.

La Chine et les Etats-Unis figurent fréquemment en position d’accusé. C’est légitime dans la mesure où ce sont les deux premiers émetteurs de gaz à effet de serre, et de loin. Toutefois, on ne peut pas traiter les deux pays de la même manière. Tout simplement parce que si la Chine a dépassé les Etats-Unis pour l’émission de gaz à effets de serre, c’est avec une population quatre fois plus nombreuse. A titre d’exemple, le tiers du CO2 émis par le transport routier à l’échelle du monde l’est aux Etats-Unis, contre seulement 6 % en Chine.

Face à cela, l’Europe, en acceptant d’emblée un objectif de réduction des émissions de gaz à effet de serre de 20 % d’ici 2020 par rapport à 1990, se donne volontiers le rôle du gentilhomme dans la caverne de brigands. Un beau rôle, inutile de l’ajouter. 

Mais à un certain nombre d’indices, on peut douter de la volonté des autorités européennes de réduire réellement les émissions. Ainsi, selon un numéro récent de la revue Ville Rail et Transports, la Suède fait pression sur les autorités bruxelloises pour que les camions de 40 à 60 tonnes soient autorisés à la circulation dans toute l’Union. Les intérêts des constructeurs Scania et Volvo ne sont pas étrangers à ce volontarisme, qui ne va pas dans le sens d’un transport plus respectueux de l’environnement.

En Allemagne, la nouvelle coalition au pouvoir veut favoriser le transport routier, après dix années de politique relativement favorable au rail. Ainsi, le produit de la taxe autoroutière sur les camions, ou « LKW-Maut », mise en place en 2005, a bénéficié en 2009 aux voies navigables pour 12 % et au rail pour 30 %. Certains dirigeants de la CDU voudraient que son produit aille intégralement à la route.

En France, dans un rapport en date du mois de novembre, la Cour des Comptes, se déclare favorable à la fermeture des lignes ferroviaires secondaires, selon l’argument qu’elles s’avèrent trop coûteuses et trop polluantes. L’expérience a pourtant montré, notamment dans le fret, que l’élagage des petites dessertes ne fait pas baisser les coûts dans les proportions souhaitées. Et il suffirait d’un plan ambitieux d’électrification du réseau ferré, pourquoi pas par le grand emprunt, pour faire baisser l’empreinte écologique de ces trains vitaux pour la desserte des territoires peu peuplés et l’efficacité du réseau ferré : sans branches, il n ‘y a pas d’arbres.

Enfin, j’ai lu dans la presse que certains manifestants sont allés en train à Copenhague, à bord d’un train affrété pour l’occasion, le Climate Express. Cette opération de communication ne doit pas faire oublier que le train de nuit quotidien Paris – Hambourg, qui permettait de relier Paris à Copenhague avec une seule correspondance, a été supprimé en décembre 2008, il y a un an presque jour pour jour, laissant de fait le monopole à l’avion sur les liaisons entre Paris et le Nord de l’Europe.

On ne peut donc qu’approuver les manifestants altermondialistes du Klimaforum qui réclament moins de paroles, et plus d’actes.

Zelazowa Wola

alias Vincent Doumayrou,
Auteur de La Fracture Ferroviaire,
Pourquoi le TGV ne sauvera pas le chemin de fer,
Préface de Georges Ribeill.
Editions de l’Atelier, Paris.

——————————————————————————–

Pour me contacter : temse[a]hotmail.fr

Pour revenir à la page d’accueil : http://lafractureferroviaire.skynetblogs.be

 

 

Les commentaires sont fermés.