30 novembre 2009

L'avenir du monde s'écrit-t-il à Dubaï ?

Dubaï World, principale entreprise publique de Dubaï, a annoncé mercredi dernier une demande de rééchelonnement de sa dette de 59 milliards de dollars.

La nouvelle a provoqué une mini-tornade sur les marchés financiers, apeurés à l’idée que l’Etat de Dubaï puisse faire défaut sur sa dette. Pour l’instant, le calme semble revenu sur les places boursières, à l’activité peu élevé en fin de semaine dernière du fait de la Fête de l’Aïd dans les pays arabes ; aux Etats-Unis, Wall Street était fermé jeudi à cause de la fête de Thanksgiving.

Mais quelles que soient les conséquences matérielles immédiates qu’aura cette affaire, elle me fournit l’occasion de revenir sur l’évolution de la crise financière depuis un an. Récemment, j’ai relu des articles sur la quasi-faillite de la banque Dexia, en octobre 2008, quand les ministres belges se sont réunis toute la nuit car il y avait le feu… cette ambiance d’angoisse, cette peur que le monde entier puisse basculer en une nuit, est bel et bien derrière nous. Les Etats et les banques centrales ont réussi à ramener le calme, mais à un certain prix.

Le premier prix est que les banques centrales ont inondé le marché de liquidités, par ce qu’elles appellent les « politiques non conventionnelles », euphémisme pour désigner la bonne vieille planche à billets. De ce fait, elles n’ont pas renouvelé l’erreur de 1929, quand la réserve fédérale américaine n’a pas voulu faire cela par peur de créer de l’inflation et de détruire l’arrimage du dollar à l’or (l’étalon-or). Elles ont évité au système bancaire d'étouffer par manque de liquidités.

Le côté ombre, c’est que des liquidités colossales ont été fournies aux banques, sans aucune espèce de contrôle étatique ou populaire. Les banques utilisent l'argent facile pour spéculer et payer des sommes énormes aux traders. A un moment où à un autre, le monde paiera les bulles qui sont en train de se reformer.

Le second prix est une hausse de l’endettement des Etats, en France comme ailleurs. En effet, les Etats « obèses et mal gérés » se sont portés au secours des banques privées, « efficaces dans l’intérêt de leurs actionnaires, de leurs collaborateurs et de leurs clients ». Par ailleurs, leurs recettes fiscales baissent avec le PIB.

La facture est donc élevée pour les comptes publics, et le risque existe que des Etats fassent défaut sur leur dette, avec une panique potentielle sur les marchés, et des sacrifices considérables pour la population des pays concernés. Il y a eu des précédents, comme le Mexique en 1982, la Russie en 1998 et l’Argentine en 2001. La quasi-faillite de Dubaï a ravivé la peur que le phénomène ne touche des pays d'Europe de l'Est, voire de la zone euro, comme la Grèce, l’Irlande ou l’Italie. Certes, ces pays sont endettés dans leur propre monnaie, l’Euro, et peuvent faire marcher la planche à billets.

Mais cela fait naître le risque d’une hyper-inflation, comme dans l’Allemagne de 1923 ; et les Etats centraux de l’Europe, comme la France et l’Allemagne, voudront-elles créer des euros pour la Grèce et l’Italie par exemple ?

Enfin, le troisième prix de la panique de l’automne 2008 est que le chômage continue d’augmenter, malgré la reprise annoncée depuis l’été. Il faut d’ailleurs rappeler qu’un certain nombre de facteurs favorisent ce qu’on appelle une « reprise technique » : les entreprises qui reconstituent leurs stocks ; les ménages qui paient moins d’impôts du fait de la baisse de leurs revenus ; ou encore, l’augmentation des prestations sociales qui permettent de limiter la casse (et qui font que la France est moins touchée que le Royaume-Uni car elle a des dépenses sociales plus élevés et un endettement privé plus sage). Dans ces conditions, la reprise actuelle reste fragile.

Bref, cette quasi-faillite de Dubaï nous rappelle que la crise, hélas, est tout sauf finie. 

Zelazowa Wola

alias Vincent Doumayrou,
Auteur de
La Fracture Ferroviaire,
Pourquoi le TGV ne sauvera pas le chemin de fer
,
Préface de Georges Ribeill.
Editions de l’Atelier, Paris.


 Pour me contacter : temse[a]hotmail.fr

Pour retourner à la page d’accueil : http://lafractureferroviaire.skynetblogs.be


Les commentaires sont fermés.