21 novembre 2009

Un oncle d'Amérique s'intéresse au fret ferroviaire

 

La nouvelle a secoué Wall Street au début du mois : l’homme d’affaires américain Warren Buffet a décidé de prendre le contrôle de la totalité de Burlington Northern Santa Fé, ou BNSF, une des plus grandes compagnies de fret ferroviaire aux Etats-Unis.

Surnommé le sage d’Omaha, Warren Buffett est un milliardaire très connu dans la communauté financière, réputé pour ses conseils de bon sens aux investisseurs, qui se pressent d’ailleurs en grand nombre lors de l’assemblée annuelle des actionnaires de Berkshire Hathaway, son fonds d’investissement. Il a régulièrement pris position contre les illusions de la finance.

Il a ainsi dénoncé les produits dérivés comme des « armes de destruction financière massive » (gagné, ils expliquent une bonne partie de la panique financière de l’automne 2008), a dénoncé les rémunérations fantastiques des dirigeants de grandes banques, et s’était prononcé contre la suppression de l’impôt sur les successions par l’Administration Bush.

On avait parlé de lui comme un possible Secrétaire au Trésor d’Obama, mais Tim Geithner, ancien dirigeant de la banque centrale de New York a finalement été choisi ; plus proche des intérêts de Wall Street. Par ailleurs, Buffett se vante d’habiter les fins fonds du Nebraska, de ne boire que de Cherry Coke, et consacre sa fortune aux bonnes œuvres avec son ami personnel Bill Gates.

Bref, un capitaliste qui incarne le bon sens de l’Amérique profonde, éloigné des petits génies de la finance mathématisée sortis des universités de la Ivy League (les grandes écoles à la sauce américaine), et qui par conséquent ne peut pas m’être complètement antipathique.

Buffett investit aujourd'hui 26 milliards de dollars dans BNSF, dont 60 % en argent frais et 40 % en échange d’actions. Il contrôle déjà une partie de l’opérateur, valorisé globalement à 44 milliards de dollars. Il a déclaré qu’ « un système ferroviaire efficace et bien entretenu est vital à la prospérité future de notre pays. A l’inverse, l’Amérique doit connaître la croissance pour que les chemins de fer fonctionnent bien ». Malgré ces observations de bon sens, sa décision de contrôler la compagnie ferroviaire n’est pas un acte d’écologiste pur et dur, mais répond à un intérêt financier bien compris.

Le fret ferroviaire aux Etats-Unis est en effet une affaire qui s’est fortement rentabilisée depuis la loi Staggers de 1980, qui a organisé la libéralisation du secteur deux ans après celle du transport aérien. De grandes compagnies, dont BNSF est un exemple achevé, transportent des marchandises sur de très longues distances. BNSF est ainsi spécialisée dans le transport entre la Côte Ouest et le centre du pays. Le modèle repose sur certains choix opposés à ceux de la France, avec évidemment un territoire immense ce qui limite l'intérêt des comparaisons : les compagnies possèdent leur réseau (pas de RFF américain donc !) ; les trains fonctionnent à la traction autonome (pas d’électrification) ; transportent de nombreux produits miniers (toutes les mines n’ont pas fermé, et de nombreuses centrales thermiques continuent d’exister).

De petits opérateurs transportent les produits sur les lignes terminales, ce qui rappelle le concept des opérateurs ferroviaires de proximité que les autorités françaises essaient de mettre en place. Enfin, une des clefs du modèle est la rentabilisation accrue du personnel, dont les effectifs ont fortement baissé depuis vingt ans. Le succès du rail doit-il avoir pour contrepartie une baisse du personnel ? Je ne le crois pas, pour ma part.

Ainsi, les Etats-Unis sont le premier pays au monde pour le tonnage transporté par train, devant d’autres pays-continents comme la Chine, la Russie et l’Inde, puis l’Ukraine qui bénéficie de sa situation de pays de transit. A noter enfin qu’aux Etats-Unis, c’est un exploitant public, qui exploite sous le nom d’Amtrak les services de voyageurs de grandes lignes comme la ligne Boston – Washington. Les services de type « banlieue » sont conventionnés soit avec Amtrak, soit avec des opérateurs tiers comme Veolia à Boston.

Zelazowa Wola

alias Vincent Doumayrou,
Auteur de
La Fracture Ferroviaire,
Pourquoi le TGV ne sauvera pas le chemin de fer
,
Préface de Georges Ribeill.
Editions de l’Atelier, Paris.


 

Je consacre une partie de mon livre au système ferroviaire américain, au chapitre V.

Sur le web : le site de BNSF : www.bnsf.com ; bien sûr l’entreprise y communique sur la prise de contrôle de Warren Buffet.

Voir aussi le site de l’agence de régulation : http://www.fra.dot.gov/


… et quelques chiffres intéressants sur l’activité d’Amtrak : http://www.amtrak.com/servlet/ContentServer?c=Page&pa...


 

 

Pour me contacter : temse[a]hotmail.fr

Pour retourner à la page d’accueil : http://lafractureferroviaire.skynetblogs.be


 

 

 

 

Commentaires

Lire le blog en entier, tres bon

Écrit par : Vaveaideree | 31 mai 2012

Les commentaires sont fermés.