27 juillet 2009

Quand les Etats-Unis éternuent, le Mexique s'enrhume

 

L’Amérique latine se définit par sa commune histoire sous le joug espagnol et portugais et par sa communauté de langue ; le Brésil du Président Lula, entre autres, la représente désormais au G20.

Personnellement, le phénomène de la frontière entre le Mexique et les Etats-Unis m’a toujours intéressé. Parce qu’il s’agit d’une frontière non seulement entre deux Etats souverains, mais aussi entre deux mondes : entre les pays riches et le Tiers-Monde, et entre le monde anglo-saxon et le monde latin.

Depuis le début de la crise des « subprimes », les tentatives de passage de la frontière par des candidats au Rêve américain ont beaucoup baissé, à tel point que les patrouilles américaines n’ont jamais interpellé aussi peu de candidats à l’immigration depuis… 1973. La crise économique ne rend pas les Mexicains plus riches, mais rend les Etats-Unis moins attrayants.

Comme quoi, le problème réside davantage dans les écarts de richesse que dans le niveau de richesse absolu.

Le reporteur d'un journal américain est allé à Pacula et El Epazote, deux localités situées à environ 200 kilomètres au Nord de la capitale Mexico. A El Epazote, la moitié de la population – et la majorité des hommes – a émigré aux Etats-Unis, surtout vers les Etats de l’Oklahoma et du Missouri. Ils laissent derrière eux un « village fantôme », en espagnol, un pueblo fantasma.

« Avant que les gens ne partent vers les Etats-Unis, dit une habitante, cette ville n’avait que des maisons de chaume, et pas de voitures. L’économie de Pacula dépend des dollars envoyés par les émigrés ». C’est un phénomène que l’on retrouve dans les anciennes colonies françaises, dont une partie des revenus dépend des communautés émigrées en France.

Habituellement, au mois de juin et de juillet, les émigrés rentrent chargés de cadeaux pour les enfants, notamment le 24 juin, jour de la Saint Jean-Baptiste. Mais cette année, beaucoup d’émigrés sont restés aux Etats-Unis pour faire des économies. L’un des rares à être venus, Meliton Hernandez, travaille dans une usine de conditionnement de poulet dans l’Alabama. Son entreprise a taillé dans les heures supplémentaires à cause de la faiblesse de la demande.

A Pacula, les envois d'émigrés ont permis de financer l'achat d'une ambulance, la mise en place d'un système de distribution d'eau et la construction d'un nouveau toit pour l'église. Les envois remplacent ici des dépenses qui devraient relever du secteur public.

D’une façon générale, les transferts de revenus, qui équivalent à 2 % du PIB au Mexique, 18 % au Salvador et 22 % au Honduras, ont baissé de 20 % environ depuis un an pour le Mexique.

A El Epizote, de nombreux habitants ont renoncé à acheter du lait, de la viande et des œufs et se nourrissent de haricots ou de maïs qu’ils cultivent dans de petits lopins de terre. La situation des villages et des foyers qui dépendent de ces revenus pourrait vite devenir critique.

L’émigration créé donc, pour les pays d’origine, une forme de dépendance par rapport aux transferts de revenus, c'est-à-dire une dépendance supplémentaire par rapport à l'économie des pays riches.

Vincent Doumayrou,

Auteur de La Fracture Ferroviaire,

Editions de l’Atelier, Paris, 2007.

Pour me joindre : temse[]a[]hotmail.fr

Page d'accueil :

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USA-Today

L’article cité, signé Chris Hawley, a paru dans le quotidien américain USA Today le 10 juillet dernier.

Dans mon livre, je consacre quelques pages aux chemins de fer en Amérique latine, au chapitre V.