17 février 2009

Economie : vers des mesures d'exception ?

Bonjour,

même si la panique financière du mois d’octobre est passée, de nombreux problèmes ne sont pas résolus : les banques ont encore de nombreuses pertes à essuyer, la qualité des crédits se dégrade du fait d’emprunteurs de moins en moins solvables, la conjoncture économique est au pire depuis 1945, comme l’atteste la baisse de plus de 3 % du PIB japonais au dernier trimestre 2008. Aujourd’hui, les dirigeants de General Motors passent une audition devant le Congrès, et l’entreprise pourrait être déclarée en faillite, ce qui déclencherait une nouvelle hausse du chômage mondial… et du rôle de l’État, car l’Allemagne envisagerait dans ce cas de nationaliser la filiale allemande de GM, Opel.

Comme je le disais déjà dans mon billet du 9 décembre dernier, la crise fait porter l’inquiétude sur la capacité des États à honorer leurs engagements, car leur dette augmente beaucoup. Ainsi, la presse évoque régulièrement un scénario de faillite nationale « à l’islandaise », en Irlande, en Belgique, et même au Royaume-Uni, où le leader conservateur l’a évoqué au mois de janvier. A cette occasion, le directeur de la banque centrale anglaise s’est dit prêt à faire fonctionner la planche à billets, comme son compère américain Ben Bernanke un mois plus tôt.

Certes, le scénario de faillite nationale n’est pour l’instant qu’un cas d’école, agité par les politiciens pour gêner le gouvernement et par la presse pour vendre du papier. Accordons-nous cependant à trouver paradoxal qu’en Grande Bretagne, pays si fier de ses services financiers et de sa City, on parle de la possibilité de faillite et de planches à billets, comme dans une vulgaire république bananière. Mais c’est l’expression du fait que le capital financier laissé à lui-même est un boulet pour les budgets publics, bien plus que ne le sont les services publics.

Par ailleurs, on notera avec amusement que l’Italie, pays souvent méprisé par les économistes orthodoxes pour ses déficits publics, est l’un des pays qui a le moins eu à recapitaliser ses banques parmi les grands pays européens. C’est que l’endettement des familles italiennes est remarquablement peu élevé, et que son système bancaire est resté provincial, donc moins touché par la débâcle des produits dérivés et autres produits toxiques sortis de l’imagination de nos petits génies financiers. Le système bancaire italien est donc relativement protégé… par sa propre « arriération » !

Mais pour revenir aux rumeurs de faillite d’Etats, la différence entre le Royaume Uni et l’Islande ou le Mexique des années 80, est que la dette du premier est libellée dans la monnaie nationale, ce qui laisse la possibilité aux autorités de « monétiser » leur dette, autrement dit de faire marcher la planche à billets. Dans la situation classique, un État s’endette en émettant des obligations, comme les bons du Trésor américains, et des acteurs privés y souscrivent. Dans le scénario de la planche à billets, la banque centrale souscrit aux obligations, en émettant de la monnaie. Il y a donc augmentation de la masse monétaire.

Dans mon billet du 9 décembre, j’ai parlé de cette possibilité tout en en pointant le risque, celui d’une résurgence de l’inflation. Si la masse monétaire augmente sans augmentation parallèle de l’offre dans les magasins, il y a danger de hausse des prix. J’avais pris des exemples historiques comme celui de l’Allemagne de 1923, le plus connu.

L’autre risque est celui de perte de la confiance dans la monnaie nationale, par exemple l’effondrement de la livre sterling ; et au niveau de la zone Euro, d’un désaccord sur la masse monétaire à mettre en circulation. Autrement dit, Berlin ou Paris accepteraient-il d’émettre des Euros pour les problèmes de Dublin ou de Rome ?

Autre possibilité offerte aux États : la saisie de l’épargne des particuliers, pour faire face à leurs besoins de trésorerie.

Ou la saisie des entreprises. Selon un article récent du journal Le Monde, l’Allemagne envisagerait une loi pour permettre d’ « exproprier » des entreprises [Berlin aussi réfléchit à nationaliser ses banques, Marie de Vergès, Le Monde du 4 février] : inimaginable il y a encore six mois !

On rentre là, incontestablement, dans des procédures d’exception, qui consisteraient, dans leur principe, à sauver le capitalisme des capitalistes.

En attendant, au-delà des chiffres bruts de conjoncture économique, cette crise est un véritable désastre, très inquiétant dans ses conséquences sociales. Elle prouve la nécessité pas seulement d’une régulation, mais d’une socialisation des grandes entreprises et des banques, car elle montre que rien n’est pire que de laisser le pouvoir aux banquiers et à leur soif irresponsable de profits.

Cela rejoint l'idée que je défends dans mon livre, d’après laquelle le réseau ferré et les transports en commun ne peuvent se développer que sous la férule de l’État.

Dans ce cas, l’État devient le chef d’orchestre et les entreprises de transport les instrumentistes, mais ils ne peuvent jouer que sous l’attention active du public, à savoir les citoyens.

Un peu comme à la bataille d’Hernani, le public est prié de s’investir dans la pièce de théatre.

Zelazowa Wola

Vincent Doumayrou,
Auteur de La Fracture ferroviaire,
Editions de l’Atelier.

Pour me contacter : temse[a]hotmail.fr.

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