19 janvier 2009

Linz capitale européenne de la culture de l'année 2009

 

J'ai appris il y a quelques jours que la ville autrichienne de Linz était capitale européenne de la culture pour l'année 2009. Peuplée de 200.000 habitants environ, c'est la troisième ville d'Autriche après Vienne et Graz et elle est située au bord du Danube. Personnellement, je trouve que le seul fait d'être situé au bord d'un grand fleuve donne une âme à une ville.

 

J'ai visité cette ville en 2004 et je l'avais beaucoup aimé, alors qu'elle reste à l'écart des circuits touristiques et est souvent dépréciée. Beaucoup d'amis autrichiens m'ont dit depuis qu'ils n'aimaient pas cette ville. Comme j'ai toujours trouvé ce jugement injuste, le fait de la voir récompensée par cette prestigieuse distinction m'a contenté.

 

Je voudrais aborder dans ce billet un aspect de l’oeuvre d'un illustre visiteur de Linz, j'ai nommé Wolfgang Amadeus Mozart ; les fidèles lecteurs de ce blogue savent que j'adore la musique, j'ai l'ambition de le prouver par ce billet, une fois de plus.

 

Avant d'entamer ce voyage en musique, je rappellerai juste que le Parlement européen accorde cette distinction de Capitale Européenne de la culture. Elle existe depuis 1985, mais son nom officiel était "Ville Européenne de la Culture" jusqu'en 1999. Parmi les villes qui ont reçu cette distinction, la première fut Athènes en 1985, il y a eu entre autres Graz en 2003 et Lille en 2004.

 

Et maintenant, musique !

 

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Je vais donc parler du problème de l'identification des oeuvres du plus grand de tous, Wolfgang Amadeus Mozart.

 

Mozart

Ceux qui ont plus de trente ans se souviennent de l"émission Mes Mains ont la Parole dont le générique était un air de Mozart, précisément. Il s'agissait du premier mouvement du Concerto pour piano n° 21, K. 467. Ce concerto a également fourni une musique de générique à l'émission de France Inter de Macha Béranger (la nuit).

 

Bon, n° 21 ça signifie tout simplement que c'est le 21è concerto pour piano que Mozart a composé. K. 467 : "K" signifie Köchel, c'est le nom du musicologue qui a élaboré le catalogue des oeuvres de Mozart au début du XIXè siècle. "467" signifie que c'est la 467è oeuvre que Mozart a composée d'après ce catalogue (il y en a 626 en tout).  Evidemment, plus le « Köchel » est élevé, plus Mozart a composé l’œuvre qui lui correspond tardivement.

 

Il y a donc deux numérotations l'une à côté de l'autre. La première est interne au genre (le concerto pour piano) l'autre concerne tout l'oeuvre (le Köchel ou "K.").

 

La classification "Köchel" des oeuvres de Mozart se différencie de la classification "BWV" des oeuvres de Bach, par le fait que dans cette dernière les oeuvres sont en premier lieu classées non selon la date, mais selon le genre ; ainsi, les cantates seront mises à la suite dans la classification BWV (Bach Werk Verzeichnis ou Catalogue des Oeuvres de Bach).

 

On peut aussi rentrer dans des considérations plus subtiles. Par exemple le fait que certaines oeuvres de Mozart portent des surnoms. Ces surnoms sont tels qu'ils permettent à l'amateur d'identifier les oeuvres de façon immédiate et pas infaillible, mais presque. Ainsi on ne dira pas la Sérénade K. 250 mais la sérénade "Haffner" (c'est le nom du Maire de Salzbourg, ville de naissance et d'habitation du compositeur). Cette sérénade est l'une de mes oeuvres préférées de Mozart, et ma préférée parmi les oeuvres pour orchestre.

 

Prenons l'exemple des quarante-et-une symphonies que Mozart a composées. Parmi elles trois portent un nom de ville : la 31è symphonie, K. 297, dite "Paris", la 36è symphonie, K. 425, dite "Linz" et la 38è symphonie, K. 504, dite "Prague". Il s’agit tout simplement du nom de la ville où Mozart les a composées.

 

Or on n'associe pas spontanément Mozart à Paris ; comme moi, il n'aimait pas cette ville. Il y a cependant séjourné en 1778 et sa mère y a trouvé la mort.

 

La symphonie "Linz" est importante aussi. Il suffit de regarder une carte routière (ou ferroviaire !) de l'Autriche pour s'apercevoir que Linz est située sur la Danube à mi-chemin entre Salzbourg et Vienne. En fait, Mozart a composé la symphonie en question alors qu'il était en route pour Vienne. Il venait de se fâcher avec le prince-évêque de Salzbourg, de quitter cette ville, et espérait que Vienne lui permettrait une carrière à la mesure de son talent. On est donc à la charnière entre la période salzbourgeoise et la période viennoise de la vie du compositeur. Ou du point de vue de sa maturation psychologique personnelle, entre son adolescence et son âge adulte.

 

Ainsi, la géographie et la musique se rejoignent. Linz est entre Salzbourg et Vienne d'un point de vue géographique ; elle l'est aussi d'un point de vue musical, dans la vie de Mozart donc dans l'histoire universelle de la musique.

 

Je suis allé à Linz en octobre 2004 et avant d'arriver la symphonie du même nom était la seule image que cette ville m'évoquait ! et j'ai vu qu'il existe toujours une plaque commémorative devant la maison où Mozart a composé cette oeuvre.

 

S'il est vrai que Linz souffre de la comparaison avec les autres villes principales villes d'Autriche comme Vienne, Graz, Salzbourg et Innsbrück, elle mérite quand même une visite, ne serait-ce qu'à cause de la présence du Danube. J'ai toujours trouvé forte la présence d'un grand fleuve dans une ville : regardez la Loire à Tours, le Rhin à Mayence, l'Escaut à Anvers...

Linz est également la patrie de l'astronome Johannes Kepler et du compositeur Anton Brückner. Un centre de la culture européenne donc.

 

Linz

 

Une vue de la Place Principale de Linz avec la colonne baroque construite pour conjurer la menace ottomane et la peste. Mozart l'a vue puisqu'elle date des années 1720... au fond une église sur un promontoire, le Pöstlingberg, accessible par un petit chemin de fer, et sise de l'autre côté du Danube (qu'on ne voit pas ici). Photo Université de Essen ; http://ase.cs.uni-essen.de/ase/past/ase2004/linz_and_austria.html

 

 

Une autre symphonie, la 35è, K. 385, s'appelle "Haffner", et la 41è et dernière, K. 551, s'appelle "Jupiter" du fait de son caractère grandiose (en effet...). 

En général ces noms ne viennent pas de Mozart lui-même mais d'autres et que la tradition musicale les a gardés.

Bonne semaine !

 

Zelazowa Wola

Vincent Doumayrou,
Auteur de La Fracture Ferroviaire
Editions de l'Atelier, Paris, 2007.

 

 

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Linz sur le site de l'office de tourisme autrichien :

http://www.austria.info/xxl/_site/fr/_area/419060/_subAre...

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