14 décembre 2008

L'Amérique des transports vue dans le film Paris, Texas.

Cher journal en ligne,

j'ai vu ce week-end le film Paris, Texas, de Wim Wenders. Il a reçu la palme d'or au festival de Cannes en 1984, mais c'est la première fois que je le vois. A titre personnel, je trouve que c'est un chef d'oeuvre, un de mes films préférés.

Il s'agit de ce que les cinéphiles appellent un "road-movie", un film d'errance donc le long des routes. Le personnage principal est Travis, qui a quitté son domicile sans laisser de traces pendant quatre ans (sans que le spectateur sache exactement pour quelle raison). Son frère Walt le retrouve finalement au Texas, et l'héberge dans son domicile de Los Angeles, où il habite avec sa femme (française) et le fils de Travis, Hunter, qu'il a adopté. Les quatre personnages cohabitent donc, jusqu'à ce que Travis décide de repartir au Texas avec son fils, en voiture, pour retrouver la mère de l'enfant, jouée par Nastassja Kinski.

Un des points amusants est qu'on voit très bien le système américain de transports. A plusieurs reprises, les personnages en voiture croisent un passage à niveau, où circulent des trains de marchandises. C'est que le transport ferroviaire de marchandises est florissant aux Etats-Unis, les marchandises sont transportées sur de longues distances par des compagnies privées, qui gèrent à la fois les opérations de transport et le réseau ferré. La part modale du transport ferroviaire dans le domaine des marchandises est de l'ordre de 40 % du total, souvent du charbon ou des conteneurs. Seule Amtrack, l'entreprise publique au statut comparable à celui de la SNCF, exploite des trains de grandes lignes de voyageurs.

Quant à Travis, il doit revenir à Los Angeles avec son frère, mais il refuse tout simplement de monter dans l'avion. Il n'aime pas le côté confiné de l'avion !

  
Deux scènes du film Paris, Texas, la seconde photo, Nastassja Kinski.

Par ailleurs, à Los Angeles, on voit très bien le poids de la voiture individuelle, les infrastructures autoroutières énormes, les nuisances des avions et des autoroutes (le domicile du frère de Travis est situé à proximité). On voit aussi la dilution de l'espace habité, l'étalement urbain, qui favorise l'usage effréné de la voiture en créant des espaces habités peu denses, difficiles à desservir en transport en commun.

Enfin, une anecdote : Travis propose au fiston de revenir ensemble de l'école à pied. Le fils refuse en disant que tout le monde revient en voiture. On voit bien le poids qu'a pris l'automobile dans les mentalités, il devient inconcevable de faire un trajet, même court, en marchant.

En France, même si ce n'est pas aussi caricatural qu'aux Etats-Unis, l'automobile a aussi pris une place démesurée dans la mobilité, favorisée par la dilution de l'espace urbain. Les autorités ont aussi fermé toutes les lignes de tramways jusqu'aux années 1960, et les trains régionaux étaient considérés comme sans perspectives d'avenir.

C'est dire que le mouvement actuel qui vise à réduire la place de la voiture, et le développement de réseaux de tramways et de TER, est pour l'instant trop limité pour ramener la voiture individuelle dans ses limites normales : il ne s'agit pas de tuer la voiture, mais de l'utiliser dans les déplacements où elle est indispensable, par exemple les déplacements en milieu rural, les déplacements atypiques, ou avec charges lourdes.

Bien que le film n'ait pas comme thème principal le monde des transports, il m'a ramené à ces réalités.

Zelazowa Wola

Vincent Doumayrou,
Auteur de La Fracture Ferroviaire
Editions de l'Atelier, Paris, 2007.

 

 

 

 

 

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