23 novembre 2008

L'Oosterweelverbinding d'Anvers, le retour des grands projets routiers ?

Cher journal en ligne,

j'ai trouvé récemment des informations sur un grand projet routier dans l'agglomération d'Anvers. Ce projet, dit de l'"Oosterweelverbinding", m'inquiète : et si, malgré leurs grandes phrases sur la lutte contre le réchauffement climatique, nos dirigeants politiques et économiques continuaient en fait tout comme avant dans la fuite en avant tout-routière ? Présentation...

 

Présentation de l'agglomération d'Anvers

Anvers (Antwerpen en néerlandais, Antwerp en anglais) est la première commune et la deuxième agglomération de Belgique, située au Nord du pays, à quelques kilomètres de la frontière avec les Pays-Bas et à 45 kilomètres au nord de Bruxelles. La ville est située au bord de l'Escaut (en néerlandais, Schelde), fleuve de 430 km qui prend sa source en France près de Saint-Quentin et qui arrose Valenciennes, Gand, Tamise et Anvers avant de poursuivre son cours aux Pays-Bas. Le port, fluvial donc, est le second d'Europe après Rotterdam et le quatrième du monde. La commune est peuplée de 460 000 habitants, l'agglomération de 950 000, ce qui la rend très comparable en population avec celle de Lille. Les gens y parlent le néerlandais, et Anvers, capitale de la province du même nom, est située en Flandre.

Anvers est ceinturé par le "ring". Il est très comparable à notre boulevard périphérique parisien et a d'ailleurs été inauguré durant la même période. Le Ring passe sous l'Escaut par le Tunnel Kennedy, au Sud de la ville, inauguré en 1969 (un autre tunnel, plus central, a été inauguré en 1991).

 

Ring_Apen

 

Avant d'expliquer davantage le projet routier, je voudrais préciser qu'Anvers ce n'est pas seulement un port et des routes, mais est une ville remarquable, avec un remarquable Musée des Beaux-Arts et une grande place magnifique, et le souvenir de Rubens présent partout : dans sa maison et son tombeau, et dans les tableaux qu'on peut voir dans de nombreuses églises.

Mais revenons à ce projet de l'Oosterweelverbinding, que les autorités (le gouvernement flamand et la mairie d'Anvers notamment) soutiennent depuis des années.

 

Le projet d'Oosterweelverbinding

La lecture de la carte ci-dessous laisse bien comprendre l'esprit du projet ; le ring actuel est schématisé en bleu, le projet d'Oosterweelverbinding en vert :

Image:Ring Antwerpen - Oosterweelverbinding.PNG

(Source : http://commons.wikimedia.org/wiki/Image:Ring_Antwerpen_-_Oosterweelverbinding.PNG )

Comme on le voit, le ring n'est en réalité pas complètement bouclé (comme l'A86 à Paris...) et le projet consiste précisément à le boucler, en reliant le ring au niveau de Merksem (à l'Est de l'Escaut) à Zwindrecht (à l'Ouest).

L'infrastructure en projet se compose d'un pont à l'Est de l'Escaut, puis d'un tunnel ; l'Escaut serait donc traversé par la voie souterraine. A ses deux extrémités, la route se raccorderait au ring. L'ensemble du projet serait long de 10 kilomètres environ, le pont serait long de 2,4 kilomètres. Le prix reviendrait à 1,8 milliards d'Euros.

 

Des initiatives citoyennes en réaction au projet

Les réactions citoyennes à ce projet sont assez vives. Selon un sondage récent,
60 % des habitants d'Anvers sont contre le projet dans sa forme actuelle. Le pont, qui serait situé à un jet de pierre du centre ville, est accusé de créer des nuisances supplémentaires, et une association, Stratengeneraal, défend un projet entièrement en tunnel. Une autre alternative consisterait à construire un pont, mais plus éloigné de la ville.

Autre chose, le projet serait géré, comme le viaduc de Millau, par un partenariat public - privé. L'emprunt de la voie serait payant, 13 € pour les poids lourds, 2 € pour les voitures particulières. Le citoyen paie donc le projet deux fois, la première en tant que contribuable, la seconde en tant qu'usager.

Enfin, une initiative citoyenne demande la tenue d'un référendum, selon la tradition qui existe en Suisse. Il s'agit notamment de l'association "ademloos" ("à bout de souffle") - allusion aux problèmes atmosphériques.

Je suis à fond pour un référendum donc pour cette initiative d'Ademloos.

Disons pour conclure que les élèves d'une école ont manifesté contre ce projet, leur école est située à l'une des extrémités de la route et ils ont peur d'avoir davantage de problèmes de santé.

Ce que j'en pense

Personnellement, je connais mal les problèmes de mobilité de l'agglomération d'Anvers, et ce sont surtout des impressions que je donne ici, plus qu'une opinion définitive. Mais j'ai peur que ce projet de bouclage du ring n'amène en fait que des poids lourds supplémentaires, dans cette zone très dense, en particulier en provenance des Pays-Bas et du port de Rotterdam tout proche.

Par ailleurs, je suis contre les "partenariats publics privé", qui font la part trop belle aux intérêts des grands groupes de BTP. Le péage assurera au concessionnaire une rente pour des dizaines d'années. Il est à noter que la structure qui gère le projet, BAM, est dirigée par Karel Vinck, un des dirigeants du patronat belge, ancien patron de la SNCB.

Pour le transport de personnes, la ville d'Anvers bénéficie d'un excellent réseau de tramways (et d'un prémétro, souterrain dans une partie du centre ville et à l'air libre en périphérie) et la SNCB a procédé à l'inauguration de la jonction ferroviaire Nord - Sud, en 2007. Jusqu'à cette date, Anvers se trouvait un peu dans la même situation que Tours et Orléans en France : la ville avait une gare centrale (Antwerpen Centraal) en terminus, au bord des boulevards, et une gare de correspondance en périphérie (Antwerpen Berchem). Le jonction consiste à construire une voie ferrée en tunnel qui prolonge la voie vers le nord, et met fin à la situation de cul-de-sac de la gare centrale. Ainsi les trains Amsterdam-Bruxelles par exemple (et des trains de desserte interrégionale) empruntent la jonction, ce qui leur évite d'emprunter la ligne de ceinture et leur fait gagner quelques minutes. De surcroît, plus de voies sont désormais disponibles ; davantage de trains de marchandises peuvent par exemple emprunter la ligne de ceinture - ceinture qui est incomplète, comme le ring routier.

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Le hall de la (magnifique) gare centrale d'Anvers, qui n'est plus en cul-de-sac depuis mars 2007. On voit sur la seconde photo les trois niveaux de la nouvelle gare, et au premier plan, la ligne qui traverse ensuite le souterrain sous le ville. Les travaux de la nouvelle jonction ont préservé l'architecture de la gare, et son hall néobaroque. Photo David de Neef et Olivier Glehn, Belrail.

 

 

Il me semble que la jonction permet la réalisation d'un véritable réseau RER, qui n'existe pas encore à Anvers même si toutes les liaisons autour de la ville, comme ailleurs en Belgique, sont cadencées. Ainsi, cinq trains par heure relient le centre-ville d'Anvers à la petite ville de Lierre (départs à h + 14, 34, 37, 45 et 52 !). Dans ces conditions, les efforts supplémentaires pour arriver à un véritable RER ne seraient pas énormes.

Et du point de vue de la lutte contre l'effet de serre et les dégâts sur l'environnement, l'Oosterweelverbinding est aberrant et atterrant.

Dans la période actuelle, je défends toujours l'alternative du transport public, c'est pourquoi le projet d'Oosterwelverbinding me paraît condamnable.

A noter que je parle de la jonction Nord - Sud d'Anvers dans mon livre, pp. 96 et 97.

 

Vincent Doumayrou,
Auteur de La Fracture Ferroviaire
Editions de l'Atelier, Paris, 2007.

 

 

 

 

Contact : temse[]a[]hotmail.fr

 

Pour curiosité, deux liens vers des associations qui contestent le projet ; en néerlandais :

http://ademloos.be/ (l'association qui collecte des signatures pour un référendum).

http://www.stratengeneraal.be/

 

Et une présentation de la gare d'Anvers, sur l'excellent site Belrail :
http://www.belrail.be/F/infrastructure/gares/index.php?gare=FN


Commentaires

Comme précisé dans votre blog, le projet de l'Oosterweelverbinding fait partie d'un ensemble plus large à savoir le bouclage du Ring. A son tour, le bouclage du Ring fait partie d'un ensemble plus large à savoir le Masterplan qui comprend trois volets:
1. le bouclage du Ring
2. le transport fluvial
3. le transport en commun

http://wegen.vlaanderen.be/wegen/projecten/antwerpen/masterplan/

http://www.werkenantwerpen.be/masterplan/wat-is-het-masterplan.aspx

A ma connaissance, l'ensemble du projet de même que l'ensemble de chacun des trois volets ne fait pas l'objet de contestation. Les contestations portent sur des éléments bien déterminés du Masterplan ou d'un de ses volets.

C'est entre autre le cas de l'Oosterweelverbinding. A notez que ce projet est encore loin d'être réalisé à supposer qu'il soit réalisé. Non seulement il y a des difficultés de financement; il y a aussi une opposition qui vient des autorités Européennes qui n'acceptent pas l'intégration financière des différents éléments du Masterplan.

Écrit par : Michel Van den Berghe | 01 janvier 2009

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