13 octobre 2008

La Fracture ferroviaire et la crise financière

Depuis mon dernier écho, la crise financière, partie des prêts immobiliers à risque non remboursables, s'est à la fois aggravée et propagée au Vieux Continent. Cela semble être la conséquence de la faillite de la banque d'investissement de Wall Street Lehman Brothers.

De ce fait, des banques d'investissement qui dominaient Wall Street il y a encore un an, plus aucune n'existe : elles ont soit fait faillite, soit été intégrées à un établissement plus grand, soit ont transformé leur statut en banque commerciale classique. C'est à un rebattage de cartes considérable que l'on assiste.

Personnellement, je suis inquiet notamment pour le financement de l'économie, menacé par la "contraction du crédit", et les conséquences sur les comptes publics des mesures annoncées pour soutenir les banques. Si la crise s'aggrave encore, j'ai bien peur que les Etats, dans l'incapacité de financer leurs promesses, fassent marcher la planche à billets, comme dans l'Allemagne de 1923, où il fallait des brouettes de billets pour acheter une miche de pain. Sans aller jusqu'à cet extrême, ce pourrait être le retour de la "stagflation", une période de stagnation économique et de forte inflation.

Je suis inquiet aussi pour les conséquences sociales, en Europe, aux Etats-Unis, mais aussi dans les pays du Tiers-Monde déjà exsangues pour certains d'entre eux.

Dans ce contexte, on peut trouver amusantes les déclarations d'un officiel italien, d'après lesquelles Alan Greenspan serait presque aussi malfaisant qu'Oussama Ben Laden. Mais blague à part, il est vrai que les conséquences du cataclysme économique actuel (causé au départ par la politique du même Greenspan, l'ancien président de la Fed) pourrait être pires que les attentats terroristes du 11 septembre 2001.

Toujours aux Etats-Unis, le FBI (la police fédérale) et la SEC (le gendarme de la Bourse) enquêtent sur des faillites frauduleuses, mais comme le remarquait je ne sais plus qui, si j'écrase quelqu'un avec ma voiture sans faire d'excès de vitesse et sans être bourré, je n'enfreins pas la loi mais je suis quand même un homicidaire. Même si les responsables des grandes banques en faillite ont respecté la loi, leur comportement de fuite en avant financière a été irresponsable et leurs dirigeants méritent la prison.

Pour rester dans l'anecdote, je rappellerai aussi les mots de John Kenneth Galbraith, un de mes économistes préférés avec K. Marx, qui disait qu'un des facteurs de déclenchement d'un krach boursier était souvent... saisonnier. La majorité des krachs boursiers de l'histoire des Etats-Unis a en effet eu lieu au mois d'octobre, dont celui de 1929 et bien sûr celui, mémorable aussi, de 2008. La deuxième partie de l'année, entre les mois d'août et celui d'octobre, sont favorables aux crises financières, souvenez-vous des crises asiatique et russe dans les années 90.

Cette crise, semble-t-il, rend dérisoire les problèmes de "fracture ferroviaire". Pourtant, elle révèle elle aussi bien des fractures. D'abord le fait que depuis une vingtaine d'années, le partage de la richesse a été de plus en plus favorable au capital, et de moins en moins au travail. Las, contrairement aux affirmations partout entendues dans les années 1980 ('les profits d'aujourd'hui sont les emplois de demain') les profits ont surtout servi à alimenter la bulle financière, celle qui éclate aujourd'hui, bien plus qu'à nourrir l'économie réelle, même si celle si ne s'est pas contractée sur vingt ans.

Par ailleurs, la stagnation des salaires oblige les salariés à recourir au crédit pour financer les dépenses notamment d'achat de logement, mais aussi de consommation. La conséquence est très visible aux Etats-Unis, mais même en France, où l'endettement des ménages a énormément augmenté depuis 2004.

Encore une anecdote : je me souviens vaguement d'un débat enfiévré, dans le cours d'économie d'une classe d'un lycée de province, sur les conséquences potentielle du krach boursier d'octobre. J'y étais, et il s'agissait du mois d'octobre... 1987. Comme quoi, le problème ne date pas d'hier, et les politiciens, banquiers, affairistes, faiseurs d'opinion de tout poil, aurait pu "prévoir".

Quant à la fracture ferroviaire, je crois que cet effondrement de la finance rend plus que jamais urgent le développement de grands travaux notamment liés au chemin de fer ; ils permettraient la création d'une richesse à la fois saine d'un point de vue environnemental et utile d'un point de vue social. Le Président de la RATP, Pierre Mongin, ne dit pas autre chose dans un entretien dans Directmatin plus d'aujourd'hui : il défend en effet la construction de Métrophérique, la ligne de métro qui doit relier tous les terminus de métro entre eux, non seulement par le soulagement que cela apporterait au réseau existant en le désaturant, non seulement par le gain de temps de parcours que cela permettrait pour les déplacements quotidiens des banlieusards, mais aussi par les emplois créés.

Par ailleurs, les milliards de dollars injectés dans le tonneau des Danaïdes de la sphère financière ne sont rien comparés au coût des transports publics et en particulier de la SNCF, souvent accusée par les libéraux-poujadistes de gaspiller les fonds publics. Les 360 milliards d'Euros annoncés pour préserver les banques françaises correspondent à environ 36 ans de fonctionnement du réseau ferré français, tous postes confondus, c'est-à-dire avec les retraites des cheminots, les dépenses d'entretien du réseau, les intérêts de la dette de RFF, etc... dans le chapitre IV de mon livre, je fustige les fustigeurs du déficit de la SNCF, pour leur inappétence intellectuelle, et, surtout, leur réactionnarisme politique.

Certes, ces 360 milliards sont un maximum, ils ne seront peut-être jamais dépensés, mais pourquoi n'annonce-t-on pas un tel maximum pour les dépenses utiles telles que les transports publics, le logement, l'école, la santé, etc ???

Il faudrait beaucoup moins d'argent que 360 milliards développer un moyen de transport sûr, social et peu polluant ; régénérer le réseau existant, construire des rocades ferrées en Ile-de-France (dont le Métrophérique), des RER dans les grandes villes de province, et des lignes à grande vitesse à condition qu'elles soient bien intégrées au réseau classique et pas simplement des lignes d'avion sur rail. C'est dire que l'on ferait mieux d'effectuer une nationalisation autoritaire des banques, et d'investir l'argent économisé dans nos transports publics et d'autres domaines où la pénurie d'offre existe, comme le logement et la santé.

Zelazowa Wola

ps dernière minute : la Deutsche Bahn AG, "consoeur" allemande de la SNCF, devait être côtée à la Bourse de Francfort à la fin du mois. L'opération est repoussée sine die.

Vincent Doumayrou,
Auteur de La Fracture Ferroviaire
Editions de l'Atelier, Paris, 2007.

 


 

 

 

 

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Plus d'infos ?

Un point sur l'endettement aux Etats-Unis, des chiffres qui donnent le vertige
http://www.journaldunet.com/economie/magazine/dossier/dette-deficit-croissance-les-etats-unis-sont-ils-en-faillite/george-bush-a-t-il-ruine-les-etats-unis.shtml

Un excellent point sur le "plan de soulagement des actifs dévalorisés" (je traduis) dit plan Paulson
http://www.journaldunet.com/economie/finance/dossier/plan...

Un point sur l'endettement des ménages en Europe, où l'on constate des situations très différenciées selon les pays (la France et la Belgique sont au milieu, le Royaume-Uni et l'Espagne plutôt en haut, et l'Italie très en bas)
http://www.banque-france.fr/fr/publications/telechar/bulletin/etu144_1.pdf

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